Vigilance Isère Antifasciste

Vigilance Isère Antifasciste

Que se cache-t-il derrière les insultes racistes contre C. Taubira ? Pourquoi ce silence ?

Voir aussi ces témoignages, suite à une intervention policière dans une cité de Garges-les-gonesses, rapportés par Street Press, le 31 octobre 2013 :

« Sale macaque », crachats et tirs de flashball : quand la police réveille une tour HLM

.....   "Si t’es pas contente, rentre dans ton pays !"......  “Ferme ta gueule, sale noire!”. Je lui ai dit “Je n’ai pas une gueule, j’ai une bouche monsieur. Là, ils m’ont mis une gifle. Je n’ai pas répondu. Puis m’ont mis une autre gifle. Ensuite, il m’a craché dessus, comme si j’étais un animal."......"Un policier l’a traité de macaque, je l’ai entendu depuis l’escalier".....

France, ressaisis-toi !  

  Appel et pétition  à signer >> ici

« C’est pour qui la banane ? C’est pour la guenon ». C’est par ces mots qu’une fillette de 12 ans a brandi il y a quelques jours à Angers une peau de banane à l’endroit de Christiane Taubira. Après la comparaison simiesque dont notre Ministre de la Justice fut la cible quelques jours plus tôt par une candidate du Front national, ce sont des mots qui ne peuvent être tenus pour des « dérapages » comme la presse les qualifie avec une pudeur de violette. Ils sont tout au contraire le signe qu’une gangrène purulente est en train, sous nos yeux, d’infecter le pacte républicain.

Le mal semble tellement avancé que ce sont donc des parents qui, le temps d’une manifestation, montrent avec fierté à quel point leur fille a été élevée dans la haine. Le mal semble tellement avancé que c’est avec stupéfaction que nous constatâmes la quasi-absence de réactions face à des propos aussi violents qu’intolérables. Le mal semble tellement avancé que toutes les excuses sont trouvées aux expressions de racisme tandis que la lutte contre ce fléau est disséquée, vilipendée, critiquée, moquée.

En dépit – ou en raison – de ce contexte, nous tenons à réaffirmer les valeurs de notre République, les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité. Nous tenons également à réaffirmer notre attachement à ce que notre pays, ses habitants et son histoire ne soient pas insultés ainsi quotidiennement par des dealers de haine. Car ces propos sont autant d’insultes aux anciens combattants de toutes origines qui se sont battus pour que nous puissions vivre ensemble face à l’obscurantisme.

Autant d’insultes aux grands Hommes qui ont contribué à la richesse et au rayonnement de la France. Il n’est qu’à penser, pour n’en citer que quelques-uns, à Alexandre Dumas, Raymond Kopa, Marie Curie, Yves Montand, Aimé Césaire, Samuel Beckett, Joséphine Beker, Léon Blum, Félix Eboué, Gaston Monnerville et plus récemment à Georges Charpak, Haroun Tazieff, Yannick Noah, Charles Aznavour, Omar Sy, Jacques Martial ou Zinedine Zidane.

Noirs, Arabes, Juifs, étrangers ou fils d’immigrés : ils sont tous une partie constituante de la Nation. Une Nation dans laquelle il devrait pouvoir être affirmé comme la dernière des banalités que « nous sommes tous la France ».

Cet appel est un appel républicain, car loin des querelles partisanes, chaque personne, soucieuse de la beauté et de l’avenir de notre pays, doit dire que le racisme, la xénophobie, le harcèlement et plus généralement la haine de l’Autre sont des fléaux qui mettent à mal notre socle commun. C'est donc le devoir de chaque citoyen de participer à un sur saut afin d’arrêter de trouver chez l'Autre la justification de nos fantasmes mauvais et de nos maux du moment.

Signataires de cet appel, c’est par amour de notre pays que nous affirmons les positions suivantes :

Nous refusons cette société qui se replie sur elle même ! Nous refusons la normalisation de la parole raciste ! Nous refusons l'instrumentalisation de nos valeurs à des fins politiques !

Nous demandons que toutes formes de racisme soient fortement condamnées !

Nous demandons que la haine ne mutile plus le corps de la liberté, l'âme de l'égalité et le cœur de la fraternité.

Au nom de nos valeurs, c’est au contraire dans l’union des citoyens que nous devons construire notre pays, préparer son avenir et retrouver la fierté d’une Nation qui ne saurait se nicher dans les ratiocinations, pas davantage que dans la glorification des mauvaises passions.

Lettre d’un élu à la France qu’on aime PAR STEEVY GUSTAVE (ADJOINT AU MAIRE DE BRÉTIGNY-SUR-ORGE)

soutenu par: Jeanne Moreau, Nolwenn Leroy, Hugh Aufray, Durpaire François , Kamel Ouali, Jacob Desvarieux, Jane birkin, Tavernier Nils, Serge Moati, Akhenaton, Anne sophie Cayet, Boujenah Michel, Dominique Sopo, Pierre Henry, Josiane Balasko, Frangione Aisha, Paul Amar, Jonathan Hayoun, Sonia Roland, Mokobé, Abd Al Malik, Youssoupha, Mélanie Page, Pierre Henry, Hadadi kaddour (hk), Aline Lebail-Kremer, Bernie Bonvoisin, Le Bolloch Yvan, Chouraqui Élie, Firmine Richard, Stéphanie Loire, Stephanie Murat, Roland Courbis, Annabelle Milot, Cécile de Ménibus, Djamel Bensalah, Isabelle Sulpicy, Caroline Diamant, Elsa Fayer, Gilles Camouilly, Doudou Masta, Bernard Montiel, Malik Zidi, Ophelie Winter, Julie Bargeton, Eldiablo, Eglantine Emeyè, Jean Benguigui, Maouene Khaled, Gérald Dahan, Darwin Phil, José da Silva, Lionel Abelanski, Thierry Gustave, Anne Gaëlle Ricio, Magloire Delcros Varaud, Céline Balitran, Arno Santa Maria, Ramin Ayden, Laam, Serge Kalfon, Claude Leroy, Marianne James, Cartouch, Éric Antoine, Jordan Lazaro G, Katia Doris, Maia k, Pierre Marto, Yves El Baze, Dominique Coubs, Mahor Chiche, Olivier Lamontagne, Slimane Tirera, Abdoulaye Bathily,Salomone Bruno, Jerome Degey, Grace Young, Lucien Jean Baptiste, Bruce Ykanji, Mathilda May, Audrey Chauveau, Arnaud Gidoin.

 

Libération, 29 octobre 2013 : 

L’historien Pascal Blanchard revient sur les attaques dont la ministre est victime

[....] Pourquoi ces personnes qui profèrent des injures racistes osent-elles ?

Elles ont l’impression que leur opinion est devenue la norme. Que la majorité des Français les soutiennent. Des intellectuels tiennent des propos islamophobes, des magazines font des unes du même acabit, pourquoi le citoyen lambda n’aurait pas le droit lui aussi de tenir de tels propos ? Les barrages ont sauté les uns après les autres depuis dix/quinze ans. Ceux qui profèrent des propos racistes à l’encontre de Christiane Taubira lui reprochent d’être illégitime à son poste, non pas pour des questions de compétence, mais au nom de sa «race», qui serait inférieure et ne pourrait participer à la société politique. C’est un racisme pur et dur, un racisme de peau, qui fait penser à l’Amérique des années 30 ou à la France coloniale. Pour les racistes, Christiane Taubira est devenue l’ennemie. Ça n’est malheureusement pas fini, elle va focaliser désormais cette violence. 

Elle cumule quatre points de fixation forts et indélébiles. C’est une femme : elle ne serait pas légitime à son poste. Elle vient de l’outre-mer : depuis quand ceux-là viennent dire à la métropole ce qu’elle doit faire ? Elle est noire : et elle ose représenter la Justice ? Enfin, elle a porté deux textes emblématiques : le premier, lorsqu’elle était députée, sur la mémoire de l’esclavage, symbole de la repentance pour les racistes et les néocolonialistes, le second sur le mariage pour tous. Elle est la démonstration parfaite - en tout cas c’est celle que faisaient Charles Maurras ou Maurice Barrès au début du XXe siècle - que si une personne noire entre dans le système, elle le détruit de l’intérieur. C’est bien pourquoi au temps des colonies, le système refuse le droit de vote aux colonisés. [.....]

 

Voir encore la tribune ( Le Nouvel Obs, 30 octobre 2013) de Karine Gautreau, adjointe au maire du 19e arrondissement de Paris. Excellente tribune, si on laisse de côté l'allusion à Manuel Valls,  qui a aussi sa part de responsabilité dans la xénophobie ambiante...  

Taubira en "guenon", anti-roms : la voie est libre pour le racisme et ça ne choque plus

Christiane Taubira comparée à un singe, la une de "Valeurs actuelles" contre les Roms, agression de militantes de l'UNEF... L'extrême droite semble réussir à faire entendre certains de ses arguments. Karine Gautreau, adjointe au maire du 19e arrondissement de Paris, liste les éléments de ce discours. Elle craint une normalisation dangereuse pour le pays [........]

 

 

Chronique d’Hubert Huertas, sur France Culture, le 29 octobre 2013 :

Taubira face au racisme : silence, on coule...

C’est sans doute un signe des temps. Les « inquiétudes » de Christiane Taubira sur la société française ne retiennent pas l’attention. La ministre de la justice a été insultée deux fois en une semaine, par des propos racistes, elle s’est émue hier d’un relâchement public, mais personne ne l’a noté.

       C’est un retournement spectaculaire. Il ressemble, dans le domaine moral, au retournement politique survenu dans les années 90, quand le Front National s’est mis à revendiquer le réel, au point d’en devenir une espèce de dépositaire officiel, et quasiment labellisé, le parti qui voyait juste et posait les bonnes questions.  

       Après cette OPA sur le réel, au nom du vrai peuple, de ses vraies revendications, et de ses vraies souffrances, voici donc venu le temps de l’OPA sur l’indignation.  Il y a peu de temps, les dérapages, souvent racistes, étaient un objet officiel d’indignation collective. Désormais c’est le Front National qui s’indigne contre les indignés, présentés comme des allumés, au point même de promettre des poursuites aux medias qui le classeraient l’extrême droite.

       Avec l’affaire Taubira le retournement vient d’atteindre un double apogée.

       Premièrement, alors qu’une candidate du FN dans les Ardennes, Anne Sophie Leclère, a repris les vieux poncifs du racisme ancestral pour attaquer la garde des sceaux, le Front National, qui n’a évidemment rien à voir avec sa candidate, ne s’excuse pas, n’arrondit pas les angles, ne fait pas le dos rond. Non ! Il s’indigne que dans un mouvement d’indignation, madame Taubira ait parlé de pensée mortifère et meurtrière, et il saisit la justice. Ainsi le procès ne sera pas celui du racisme, mais de la personne insultée par le racisme.

       Deuxième retournement, sans doute le plus symptomatique. C’est l’acceptation publique. La tolérance. Elle vient de la droite classique qui ne s’est pas privée, dans ses attaques contre la politique pénale de la garde des sceaux, de jouer sur des ressorts pas toujours clairs, et même clairement obscurs.

       Elle vient aussi de la gauche, tétanisée par l’idée que les postures morales ne finissent par renforcer le vote Front national. La gauche politique, intellectuelle, et associative, sans doute par peur de contrarier le peuple, s’est abstenue de toute indignation bruyante.

Il y a vingt ans elle était en ébullition parce que Chirac parlait de bruits et d’odeurs, il y a quatre ans les associations antiracistes poursuivaient Brice Hortefeux pour ses propos déplacés à l’égard d’un militant maghrébin, et là, une ministre noire peut être comparée à un singe deux fois en une semaine, dont une fois par des enfants ; un curé de Saint Nicolas du Chardonnet, le père Xavier Beauvais, peut défiler contre le mariage homo en criant dans un porte-voix « Y’a bon Banania, y’a pas bon Taubira », mais ce serait une anecdote. Il faudrait ne pas remarquer.

Etre prudent, comme dans le métro, quand quelqu’un est attaqué par des voyous, et que tout le monde se contente… De regarder ses chaussures.      

 

L'Humanité-Dimanche, 2 novembre 2013 :

Taubira Huma dimanche.jpg



30/10/2013

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