Vigilance Isère Antifasciste

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Cahuzac, Le Pen et le GUD, ce groupuscule radical aux fréquentations pragmatiques (par Nicolas Lebourg)

- Le Monde, 4 avril 2013, un article très détaillé : Les liaisons inavouables de Cahuzac avec l'extrême droite  

 - Sur Lyonnitudes, Romain Blachier, 28 mars 2013 : Alliance de militants UMP et d’extrême-droite et débordements hier devant l’Opéra de Lyon contre Taubira 

 

Note RLF : 

exclusif-le-gud-a-poilsPour ceux qui ne connaîtraient pas le GUD, « Groupe Union Droit », essentiellement implanté à Paris et à Lyon, voir ci-contre  comment ils posent pour faire leur publicité sur l’internet.

Devant les micros, Le Pen (fille) nie toute relation avec le GUD. Pourtant ses leaders ont  bel et bien été accueillis à la « Convention présidentielle Marine Le Pen » en février 2012 à Lille (voir ici Le Monde) .  Et plus récemment, cet automne,  lors de la soirée du FN pour célébrer les 40 ans du parti,  le GUD était de nouveau de la fête (voir le site REFLEXes).

Le GUD entretient aussi des relations très étroites, quand ce n’est pas un pur et simple changement d’étiquetage de ses membres,  avec les "Jeunesses Nationalistes" d'Alexandre Gabriac. Un groupe basé initialement à Lyon , filiale de "L'Oeuvre Française", se réclamant eux aussi ouvertement du fascisme, de Pétain, et rêvant eux aussi d'importer en France les méthodes ultra-violentes des néonazis grecs d'Aube Dorée.

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Le Nouvel Obs, 4 avril 2013, par Nicolas Lebourg :

Cahuzac, Le Pen et le GUD, ce groupuscule radical aux fréquentations pragmatiques 

 

C'est un ancien du GUD, proche de Marine Le Pen, qui aurait ouvert le compte en Suisse de Jérôme Cahuzac. Une information du "Monde" qui n'arrange pas la situation de l'ancien ministre du Budget. Qui sont les gudards, ces marginaux proches du pouvoir ? Réponse avec Nicolas Lebourg, historien et spécialiste de l'extrême-droite. 

 

Le journal "Le Monde" a révélé les liens d'amitié et d'affaires de Jérôme Cahuzac avec d'anciens membres du groupuscule néofasciste GUD (Groupe Union Droit, puis Défense), Jean-Pierre Emié, Philippe Péninque et Lionel Quedot. Proche de Marine Le Pen, Philippe Péninque a ouvert le compte UBS de Jérôme Cahuzac en 1992.

 

Enquêtant sur l'affaire Cahuzac, le juge Renaud Van Ruymbeke avait déjà eu l'occasion de s'intéresser aux anciens du groupuscule d'extrême droite lors de l'Affaire Elf. Il s'agissait de Lionel Quedot, associé à Paris à Philippe Péninque, ayant à Genève une société de gestion de fortune. Le juge connaît donc cette nébuleuse complexe. Celle-ci a une histoire qui éclaire les actuelles tensions nées de cette révélation de relations inattendues de la part d'un ministre socialiste.

 

Le mouvement Occident 

 

À l'origine du GUD, il y a le mouvement Occident, fondé en 1964. La recomposition actuelle des droites l'évoque : on y trouve autant Gérard Longuet (futur ministre de la Défense de Nicolas Sarkozy) que Xavier Raufer (idéologue sécuritaire préfacier de" La France orange mécanique"), Jacques Bompard (actuel député d'extrême droite, ayant rompu avec le FN lors de la prise en mains du parti par Marine Le Pen) ou François Duprat (figure fondatrice du FN, assassiné en 1978 alors qu'il était le numéro deux du parti).

 

Très violent physiquement et dans son discours, Occident n’est pas dans un activisme vain. Duprat en particulier a su donner un horizon révolutionnaire : s’inspirant du rôle de la Phalange espagnole en 1936, son espoir est que l'affrontement avec les gauchistes provoque une surenchère qui, finalement, provoque une guerre civile accouchant de l’ordre nouveau.

 

À l’automne 1968, après que l’un des cadres d’Occident ait fait sauter à la bombe une librairie maoïste et que des militants aient effectué des "descentes" sur des lycées, le groupe est interdit. Ses dirigeants se réunissent et estiment qu’il serait beaucoup plus constructif de réaliser des actions violentes de telle manière qu’elles soient attribuées aux mouvements d’extrême gauche.

 

Par ailleurs, pour éviter de lancer un mouvement qui serait interdit pour "reconstitution de ligue dissoute", la stratégie qu'ils suivent est de lancer une kyrielle de groupuscules ayant vocation à créer ensuite un grand parti unitaire sous l'égide d'un nouveau syndicat étudiant : le Groupe Union-Droit. Les gudards commencent par se faire quelque argent en faisant du service d'ordre pour Alain Poher, le président de la République intérimaire suite à la démission du général de Gaulle. Ils ne perdront pas cette habitude de louer leurs bras.

 

À l'origine du Front national 

 

Bientôt, l'opération est faite : grâce au GUD naît le mouvement Ordre Nouveau. Celui-ci constitue le plus important mouvement ouvertement néo-fasciste qu'ait connu la France. Il développe le GUD sur divers sites universitaires mais, surtout, parvient à faire de l'université d'Assas un bastion.

 

L'action violente est hautement revendiquée, en même temps que se met en place une forme d'humour noir provocateur qui restera l'autre marque de fabrique des gudards. Selon une note des Renseignements généraux, une direction secrète d'ON est mise en place, préservant ceux qui ont commencé à se notabiliser (Gérard Longuet, alors énarque stagiaire, ou Claude Goasguen, alors jeune universitaire). Pour aller plus loin, Ordre Nouveau décide de réunifier tout l'extrême droite, sans querelle de chapelles, dans une nouvelle structure. Le Front National naît ainsi en 1972.

 

Néanmoins, manœuvré habilement par le ministère de l'Intérieur à cette fin, Ordre Nouveau est interdit en 1973, suite à une nuit d'émeutes contre la Ligue communiste (l'ancêtre du Nouveau parti anticapitaliste) où 76 policiers sont blessés.

 

En 1977, Jean-Marie Le Pen en pleine discussion avec Alain Robert, président du GUD (MARCEL BINH / AFP) 

En 1977, Jean-Marie Le Pen en pleine discussion avec Alain Robert, président du GUD (MARCEL BINH / AFP) 

 

Fâché avec Jean-Marie le Pen, le GUD reconstitue ses caisses en faisant le service d'ordre de la campagne présidentielle de Valéry Giscard d'Estaing en 1974, puis lance le Parti des forces nouvelles. À nouveau, le GUD constitue officiellement la branche syndicale étudiante du parti. Le PFN cherche à s'imposer au sein de la nouvelle majorité, obtient quelques alliances aux municipales de 1977.

 

La ligne est ultra-réactionnaire : défense du Chili de Pinochet comme des interventions américaines contre le communisme partout dans le monde. C'est toujours "la cogne" qui est à l'honneur. En 1976, le gudard Philippe Péninque soutient son mémoire à l'Institut d’Études Politiques de Paris.

 

Le titre est clair : "La Politique à coups de poing ou l’extrême droite extraparlementaire de 1968 à 1975". Le texte est la longue litanie des exploits des gudards, à coups de barres de fer et de cocktails molotovs.

 

Le renouveau des années 1980 

 

Suite à une violente descente sur l'université de Nanterre, de nombreux gudards sont arrêtés. François Mitterrand est élu président de la République. Le cœur n'y est plus : le GUD s'auto-dissout. Mais, avec son humour et sa violence son image est devenue légendaire à l'extrême droite. Dorénavant, le GUD va réapparaître selon un principe simple : lorsque quelqu'un arrive à remonopoliser ce nom.

 

Ainsi, les manifestations massives des droites en 1984 contre le projet de loi sur l'école permet de gonfler les effectifs du nouveau GUD. En 2013, les équipes qui ont actuellement repris le nom viennent d’ailleurs de tenter la même tactique en médiatisant leur présence dans les manifestations contre le mariage pour tous.

 

N’en demeure pas moins qu’il faudrait sauver les formes et que sans ennemi gauchiste, les gudards s’ennuient. Les affrontements avec des bandes de jeunes noirs peuvent certes les occuper, signe du remplacement d’un ennemi politique par un ennemi racial, signe aussi du désœuvrement et de la réclusion à la marge.

 

Au contact du courant "nationaliste-révolutionnaire" de l'extrême droite, leurs positions s’éloignent de celles de la réaction ultra. Pour les nationalistes-révolutionnaires, l'Irak et la Syrie sont des régimes qui font revivre le fascisme dans sa tendance sociale. L'Iran n'est pas un ennemi, mais un régime nationaliste anti-impérialiste.

 

Radicaux et Front national 

 

Le GUD se fait de l'argent en assurant les services d'ordre de la campagne présidentielle de Raymond Barre en 1988 et veut voler de ses propres ailes. Mais le FN occupe toute la place à l'extrême droite... La question est résumée par son nouveau chef, Frédéric Châtillon, en 1992 :

 

"On aide le Front, parce que sinon on ne serait qu’une poignée;"

 

En 1990, est lancée par le FN une confédération syndicale des étudiants nationalistes, le Renouveau étudiant, au sein duquel le GUD collabore avec divers groupes. On s'exalte lors du meeting fondateur en en appelant à la violence physique contre la gauche, afin d'emporter "le pouvoir pour mille ans"...

 

Jean-Marie Le Pen lui-même doit intervenir pour expliquer que lorsqu'on est au FN, on ne doit pas s'adonner à un fascisme folklorique. Or, les gudards ont toute la panoplie de l'extrême droite ostentatoirement radicale. Ils portent le keffieh et crient "À Paris comme à Gaza : Intifada !" pour dénoncer un monde sous la coupe du "lobby sioniste", tout en persévérant dans l'humour noir se référant aux régimes totalitaires d'extrême droite.

 

Le combat contre le sionisme 

 

Après avoir soutenu Bruno Mégret lors de l'avant-scission du FN, les gudards décident d'une ligne baptisée "ni œil de verre ni talonnettes". Plutôt que de choisir entre Jean-Marie le Pen et Bruno Mégret, ils rejoignent Unité Radicale, mouvement mené par Christian Bouchet (futur candidat FN à la mairie de Nantes) et Fabrice Robert (actuel président du Bloc Identitaire).

 

Pour Unité Radicale, il s'agit d'attirer les jeunes en jouant du légendaire gudard. Le GUD produit alors en même temps une revue d'une certaine qualité intellectuelle, mais à la ligne très radicale : le Hamas et l'ETA sont cités comme des exemples de combat "identitaire". Plus que jamais, l'ennemi désigné est "l'axe américano-sioniste".

 

Le GUD trouve Unité radicale trop sionistophile et claque la porte peu avant la dissolution du groupe... Est d'ailleurs révélateur le fait que, début 2002, Maxime Brunerie, qui allait tirer sur Jacques Chirac le 14 juillet suivant en l'accusant d'être un pion du "gouvernement d'occupation sioniste", réclame d'avoir une carte où est inscrit "GUD" et non "Unité radicale"....

 

Gud Business et marinisme 

 

Mais les générations gudardes n'ont pas appris à faire de l'argent qu'avec le service d'ordre. Avec Philippe Péninque ou Frédéric Chatillon, l'action n'interdit nullement la capacité entrepreneuriale, ni le sens du marketing politique. Ils sont des amis personnels de Marine Le Pen. Ils conservent l'esprit de "meute" des gudards. Ils l'aident à grimper et grimpent avec elle.

 

On les trouve à la manœuvre quand en 2007, avec l'écrivain Alain Soral et le lancement d’Égalité & Réconciliation, il s'agit de tenter d'ouvrir le segment électoral beur au lepénisme. Philippe Péninque cite le philosophe de gauche Jean-Claude Michéa pour critiquer l'abandon des classes populaires par la gauche.

 

Dans le même temps, il présente Marine Le Pen aux nombreux chefs d'entreprise qu'il connaît. Un travail de dédiabolisation et de crédibilisation utile à la présidente du FN. Lorsque Marine Le Pen met en place Jeanne, un micro-parti destiné au financement politique des frontistes, c'est Olivier Duguet, un gudard proche de Frédéric Chatillon, qui en est le trésorier. Enfin, Riwal, l'entreprise de communication de Frédéric Chatillon, a la haute main sur tout le matériel électoral frontiste.

 

Ce cercle mariniste n'est pas officiellement au FN, permettant à Marine Le Pen d' ironiquement botter en touche lorsqu'elle est interrogée sur ses relations avec un "prestataire de service" ou tel autre vieil ami... Mais il est vrai que si les anciens activistes des années 1970-1990 sont un peu trop souvent inquiets du sionisme et partisans de la Syrie, ils apportent à Marine Le Pen leur savoir faire réel en matière de communication, de droit, de constitution d’un programme cohérent et global.

 

Les partisans du "socialisme national" savent manier les arcanes du capitalisme international lorsqu’il s’agit d’optimisation fiscale ou de constitution d’une noria d’entreprises aux capitaux croisés. Ces qualités avaient été mises en avant par Abel Mestre et Caroline Monot, journalistes qui viennent de révéler les liens entre gudards et ancien ministre socialiste du Budget.

 

Le GUD a toujours su s'adapter 

 

Toute l'histoire du GUD témoigne des jeux d'ombres entre subversion de l'extrême droite radicale et élites en place. Les gudards affrontèrent les gauchistes en étant manœuvrés par l'Intérieur. L’État leur déléguait ainsi, le temps où il en avait besoin, une part de son monopole à l'usage légitime de la violence.

 

Quand le temps des matraques fut achevé, des hommes d'ordre surent devenir des hommes de réseaux. Il est vrai que le pouvoir était entre temps passé des gouvernements aux marchés financiers connectés.

 

Les gudards sont darwiniens : ils se sont adaptés. Ils ont toujours su être radicaux en idées et pragmatiques en fréquentations. Lorsqu'on prône des thèses marginales, il faut trouver un accès dans le système. C'est là l'attitude que prônèrent longtemps à gauche divers révolutionnaires, mais non les réformistes. Ceux-ci pensent normalement qu'une dette morale se paye au comptant, au risque d'enfler dangereusement.

 



05/04/2013

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