Vigilance Isère Antifasciste

Vigilance Isère Antifasciste

Ambiance à Charvieu-Chavagneux (Isère) , avec son maire "exemplaire" et lepéniste (article Le Monde)

 Un maire issu de l'UMP qui certes n'a pas sa carte FN,  mais qui met en application son idéologie... 

 

 

Le Monde, 6 octobre 2015, par

A Charvieu-Chavagneux, la charité du maire s’arrête aux chrétiens


Gérard Dezempte, maire de Charvieu Chavagneux le 1 octobre 2015.

« Article 1 : La commune de Charvieu-Chavagneux mettra en œuvre les conditions nécessaires à l’accueil d’une famille de réfugiés. Article 2 : Ledit accueil est réservé à une famille de culture et de religion chrétiennes. »

Le conseil municipal a adopté la délibération à l’unanimité le 8 septembre 2015. Faisant de Charvieu-Chavagneux, en Isère, la troisième commune en France, après Belfort (Territoire de Belfort) et Roanne (Loire), à ouvertement exprimer son souhait de ne pas accueillir de réfugiés de confession musulmane.

« Les chrétiens (…) n’attaquent pas les trains armés de kalachnikovs, [ils] n’abattent pas des journalistes réunis au sein de leur rédaction et [ils] ne procèdent pas à la décapitation de leur patron », justifie dans sa délibération Gérard Dézempte, le maire (divers droite) de cette commune de quelque 8 200 habitants située à 40 km de Lyon et 15 de Saint-Quentin-Fallavier où, le 26 juin, Yassin Salhi a décapité son patron. « L’entrée de milliers de clandestins chaque année (…) entraîne l’arrivée massive d’infiltrés djihadistes sur le territoire », argumente-t-il encore.

SOS-Racisme a aussitôt déposé plainte pour incitation à la haine raciale. « Je m’en fous », réagit l’édile moustachu de 63 ans. Dans la commune où il est réélu depuis 1983, l’initiative n’a pas été réprouvée. Tout juste une vitre de l’hôtel de ville a-t-elle été cassée. « Des gamins qui font les idiots », balaye Gérard Dézempte.

Un maire « exemplaire »

Charvieu-Chavagneux est une ville « solidaire, festive, moderne, prudente dans ses choix économiques et de vie », vante la voix off du clip promotionnel de la municipalité, qui loue la transformation de cette commune jadis industrielle en une zone plus pavillonnaire, tournée vers des classes moyennes désireuses de se mettre au vert. « La commune n’a jamais aussi bien marché que depuis qu’il est là, au niveau sécurité notamment », soutient Evelyne Amoros-Mounier, présidente des pom-pom girls locales, « à la française », précise-t-elle. « Il y a aussi des lotissements qui se créent, on commence à devenir importants. »

Mme Amoros-Mounier rechigne à commenter les propos du maire sur les réfugiés. Elle dit ne pas s’intéresser « à ce qui est politique ». Puis elle finit par lâcher : « Pour le bien de la commune, [le maire] est obligé de faire des choses. » Et enfin : « Les musulmans, c’est plus compliqué à intégrer parce qu’ils ont des idées bien arrêtées. » L’habitante de Charvieu sait bien qu’« il y a des extrémistes de partout. Mais c’est vrai que chez les chrétiens, vous avez pas cette haine-là… » Plus globalement, elle a beau être dans l’empathie envers les réfugiés, « occupons-nous un peu de ce qu’il se passe chez nous, des gens à la rue ».

A Charvieu, les langues se délient péniblement. Au Club de la retraite active, on préfère parler de peinture sur soie et de vannerie. Et puis, « si ça revient aux oreilles du maire et que ça nous retombe dessus… », congédie un groupe de dames affairées dans le bureau de l’association. De toute façon, M. Dézempte est « exemplaire ». Le buzz qu’il a pu susciter révélerait surtout qu’« on n’est pas libre de dire ce que l’on pense ». A preuve, le cas Nadine Morano : « Regardez ce qu’a dit l’autre sur la race blanche. Elle a été attaquée », s’offusque une retraitée.

L’accueil des migrants ? Aucune ne s’y oppose frontalement. Il faut dire que l’une est italienne, une autre a fait sa vie avec un Arménien… L’histoire de Charvieu est faite de vagues successives d’immigration tout au long du XXe siècle, appelées à pourvoir en main-d’œuvre les usines locales de fabrication de fil métallique et de caoutchouc. Mais « je ne peux pas dire que ceux qui font le ramadan sont assimilés », jauge Gérard Dézempte, distinguant la population d’origine turque et maghrébine de sa commune.

L’élu affiche plus volontiers son soutien à la communauté arménienne de sa ville, forte de quelque 800 personnes. Et ne cache pas son engagement aux côtés de l’association SOS Chrétiens d’Orient, proche de l’extrême droite. Le président du conseil paroissial de l’Eglise apostolique arménienne de Charvieu, Agop Shirvanian, n’est pourtant pas tout à fait à l’aise par rapport aux récents propos de M. Dézempte : « Nos parents sont arrivés en France et ont été très heureux d’y être accueillis », reconnaît-il, de même que « la communauté arménienne a beaucoup été accueillie par des musulmans en Syrie ou au Liban ». Toutefois M. Shirvanian l’admet : « On entend beaucoup dire que des djihadistes s’infiltreraient parmi les réfugiés. Je pense qu’on devrait faire un tri à l’arrivée aux frontières de Schengen. Pas sur la religion musulmane mais sur les idées. »

Mohamed Idlhaj, Imam bénévole dans la mosquée de Charvieu Chavagnieux en octobre 2015.

« Tout le monde a la trouille »

A la sortie de la seule messe catholique hebdomadaire de Charvieu, tandis que le prêtre refuse de « remuer le couteau dans la plaie », Casimir, un chauffeur routier de 55 ans, est plus franc du collier : « Je suis sûr qu’il y a des espions d’Al-Qaida parmi tous ceux qui sont arrivés. Bientôt, il faudra des gendarmes devant les églises pour célébrer la messe. » Casimir est un fervent pratiquant, arrivé du Portugal en 1974. Pour lui, l’islam « est un peu une religion de fanatiques ». Une autre paroissienne, Nathalie, essaye de le raisonner. Elle parle « respect » et « ouverture ». Mais ne s’étend pas. Ses enfants l’attendent à la maison, elle disparaît aussitôt dans sa voiture.

Les contradicteurs ne se bousculent pas, à Charvieu. Aux dernières municipales, personne ne s’est présenté contre M. Dézempte, qui a quitté « il y a trois-quatre ans » une UMP qu’il jugeait trop molle et qui n’a pas remplacé le portrait de Nicolas Sarkozy dans sa mairie après l’élection de François Hollande, en 2012. Le seul parti qui réussit à faire un peu d’ombre à l’édile, c’est le Front national : 44,90 % des voix aux européennes de 2014 et 41,48 % aux départementales de 2015. L’autre adversaire de M. Dézempte, indolore celui-ci, c’est l’abstention. Près de 57 % au dernier scrutin.

« Tout le monde a la trouille de cet homme-là », assure Michel Chinchole, président de la maison des jeunes et de la culture. Une MJC où l’on ne cache pas son amertume depuis que la municipalité a supprimé ses financements en 2014, à la faveur d’un changement réglementaire. Est-ce à mettre en lien avec le fait que plusieurs administrateurs se sont présentés contre M. Dézempte par le passé ?

« Si vous n’êtes pas du même bord, vous êtes marginalisés », Roselane Baghdadi en est persuadée. La jeune femme de 25 ans, étudiante en sciences de l’éducation, vit depuis un an dans la commune voisine de Crémieu. Elle raconte qu’elle n’avait « pas le bon profil » pour rester à Charvieu, entre ses origines algériennes et le fait que son père routier et cégétiste se soit retrouvé plusieurs fois sur des listes d’opposition. « Mes demandes de stage à la bibliothèque ou dans les écoles ont toutes été refusées. J’ai travaillé une fois au centre de loisirs, mais le maire n’a pas voulu que l’on me reprenne. C’est lui qui fait toutes les équipes. »

« A Charvieu, il n’y a plus que Dézempte et ses disciples », résume Mohamed Taoussi, président de l’association culturelle islamique de Charvieu. Lui aussi vit ailleurs, persuadé qu’il n’aurait jamais obtenu de permis de construire de la mairie. « La communauté musulmane ne fait plus attention à Gérard Dézempte. On évite de lui demander quoi que ce soit. » Notamment un lieu de culte digne de ce nom. Les musulmans de Charvieu se partagent entre une discrète villa de crépi saumoné réaménagée en mosquée, et un local dans un immeuble de la petite cité HLM. Pour cause : le plus grand fait d’armes du maire fut la destruction à la pelleteuse d’une salle de prière, en 1989. A l’époque, il avait plaidé l’erreur et bénéficié d’un non-lieu. M. Dézempte a aussi été relaxé en 2009, en cassation, alors qu’un couple d’origine maghrébine le poursuivait pour avoir détourné son droit de préemption dans le but de les empêcher d’acheter un terrain. Bien avant cela, en 1997, le tribunal administratif avait fait annuler une délibération visant à organiser un référendum sur l’instauration d’un seuil d’étrangers dans les HLM.

« On s’est senti insultés »

Dans la tête des jeunes Charvieulands d’origine maghrébine, les images se croisent et se cognent : le 4 × 4 Mercedes classe GL du maire, les terrains agricoles dont il était propriétaire et qu’il a fait viabiliser (il a été condamné en 2013 pour prise illégale d’intérêt), les copains qui n’obtiennent pas de logement social… « C’est un mafieux », assure l’un d’eux. « Un col-blanc », dit un autre, dont la formule fait mouche. Eux tuent le temps devant le supermarché Dia attenant à la petite cité HLM de Charvieu. Certains travaillent à l’aéroport Saint-Exupéry, tout proche. Ou à la centrale nucléaire du Bugey, plus proche encore. Même si les saillies du maire ne créent plus la surprise, elles continuent de piquer. La dernière en date sur les réfugiés musulmans ? « On s’est senti insultés » ; « La France est un pays profondément raciste » ; « Dites bien que nous, on n’a rien à voir avec les terroristes. Nous, on dit pas que les chrétiens sont comme Hitler ou le Ku Klux Klan » ; « Notez bien que c’est la religion musulmane qui nous fait garder notre calme… »

Plus loin, quatre copines discutent. Tous les après-midi, quand elles ne travaillent pas quelques heures comme femme de ménage ou comme vendeuse, elles se retrouvent dans la Renault Mégane de l’une, Nora Sigler. Moteur éteint, fenêtres baissées ou portes entrouvertes, au pied d’un immeuble HLM. Elles ont 17, 25 et 43 ans. « L’accueil des réfugiés, ça ne nous dérange pas », dit Marie Sigler, la belle-sœur de Nora, comme une évidence. Aucune ne vote. « Moi j’ai jamais pris ma carte, avoue Françoise Orazi. Je sais même pas faire. Mais si je votais, je voterais contre Gérard Dézempte ». Partir de Charvieu ? « Pas avec un mi-temps et le RSA. Et puis, j’ai ma famille et mes amis ici. »

 



07/10/2015

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