Vigilance Isère Antifasciste

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Débat dans le Vaucluse : pour combattre le FN, élever 
le niveau d’exigence politique

L'HUMANITE, le 30 octobre 2012

Pour combattre le FN, « élever 
le niveau d’exigence politique »

Dans le Vaucluse, le Front national cible huit villes pour les prochaines municipales. 
La fédération PCF, 
qui tente d’enrayer sa progression, conviait, ce week-end, spécialistes et militants à partager leurs expériences.

 

Morières-lès-Avignon (Vaucluse), envoyé spécial.

Dans le Vaucluse, l’extrême droite réalise de très hauts scores : 27 % à l’élection présidentielle pour Marine Le Pen, autour de 30 % aux élections législatives (42,09 % pour Marion Maréchal-Le Pen au second tour). Dans un contexte national où le Front national se sent légitimé par son score autant que par la reprise de ses thèmes par d’autres formations politiques, le département est redevenu un laboratoire d’idées pour la vitrine officielle de l’extrême droite autant qu’un terrain d’application programmatique pour les mouvements les plus durs de la mouvance. Le député maire « identitaire » d’Orange, l’ex-FN Jacques Bompard (58,77 % aux élections législatives), y accueille, les 3 et 4 novembre, la convention identitaire… Cette « recomposition ultradroitière » du paysage politique, motivait, ce week-end à Morières-lès-Avignon, une journée d’étude coélaborée par le Parti communiste et Espaces Marx pour « comprendre et faire reculer l’influence de l’extrême droite ».

 

Un constat s’impose pour une bonne part des participants : « La stratégie du cordon sanitaire ne fonctionne plus », estime la secrétaire départementale du PCF, Fabienne Haloui. Parce qu’elle ne permet pas d’enrayer la progression électorale du FN comme de l’extrême droite « localiste ». D’un côté, elle fait apparaître les appareils de parti qui donnent cette consigne comme « déconnectés » de la réalité locale, de l’autre, elle met en exergue une contradiction. « À Carpentras, on nous appelait à voter pour la Droite populaire ! » s’étrangle Bruno Verdi, secrétaire fédéral SUD PTT. Comment justifier de telles alliances, s’interroge Alain Hayot, conseiller régional PCF des Bouches-du-Rhône, quand « le combat contre la droite est un combat de classe » ? L’érection d’un front républicain n’est « plus valable » dans un contexte de recomposition de la droite. Traduction d’un électeur vauclusien : « Ici, voter UMP c’est parfois voter FN. »

 

« Jusque dans les années 1990, l’espace politique régional était structuré par le PCF », analyse Joël Gombin, chercheur à l’université de Picardie, qui travaille sur le vote FN dans le Vaucluse et en région Paca. Mais, aujourd’hui, c’est le Front national qui détermine le positionnement politique en « imposant » les thèmes de débat. Ce que le chercheur appelle la « légitimation par la concurrence politique », notamment avec une UMP « décomplexée ». Le journaliste André Dechot, ancien responsable de Ras l’Front, approuve : depuis le discours de Grenoble de Sarkozy, en juillet 2010, « la fracture s’opère sur la question de l’identité ». Les masques tombent, et l’UMP pointe avec le FN un « ennemi de l’intérieur ». Oubliant une partie de son héritage humaniste et chrétien, la droite relaye le discours du FN sur la « laïcité incompatible avec l’islam », ou le droit de vote des étrangers, « première pierre du communautarisme », etc., et « renforce son hégémonie culturelle ».

Les « racines chrétiennes » de la France, la relation avec les immigrés, l’amalgame avec les musulmans se sont également invités dans le débat avec la salle.

« Racine », le mot a beaucoup été débattu : « L’homme n’est pas un arbre, râle Alain Hayot. Il n’a pas de racines, il n’a pas de souche, il a une histoire. » Qui mêle les apports des immigrés italiens, espagnols, polonais… De tout temps, la droite et l’extrême droite ont cherché à canaliser la frustration d’une certaine catégorie de population : la cible est aujourd’hui majoritairement jeune, avec peu de diplômes et de revenus. Les « oubliés », dont Marine Le Pen fait son beurre, se tournent « vers une offre politique qui leur promet qu’avec la recherche d’un bouc émissaire, leur propre vie s’améliorera », analyse cet ex-conseiller d’orientation de l’éducation nationale.

 

De Cavaillon à Carpentras, du Perthuis à Cabrières-d’Aigues, sans parler d’Orange ou Bollène, gérées par les époux Bompard, les militants décrivent un climat de méfiance. À tel point qu’ici aussi, un thème réintroduit dans le débat par les droites monopolise une bonne heure de discussion : on s’interroge sur la « difficulté d’intégration » précisément de la dernière vague d’immigration venue d’Afrique du Nord. « L’étranger visé, c’est le bronzé », note, ironique, un habitant de Carpentras. « Sur les murs, on lit ‘‘les négros dehors ! Les gris, cassez-vous !’’» En réaction aux attaques contre sa culture et sa religion, la communauté maghrébine « s’affiche », dit-il : barbes, djellabas, voile… Comment, avec une telle crispation, accueillir dans l’espace républicain, voire dans une pratique militante, certains musulmans « affichés » et pourtant « proches » de nos idées, se questionne un membre du Front de gauche ?

Et si le moment était à nouveau venu, lui répondent plusieurs intervenants, de « tendre la main » aux croyants tout en réaffirmant la priorité de la lutte des classes, à l’image de ce que fit Maurice Thorez en 1936 : « Nous te tendons la main, chrétien (musulman), ouvrier, employé, artisan, paysan, nous qui sommes des laïques, parce que tu es notre frère. » Un pas qui impliquerait plus que jamais de « déconstruire » le discours de l’extrême droite et de la droite, unie au service du capital que « jamais le FN n’a remis en cause ». « Ce qui nous oblige à élever le niveau de notre exigence politique », soutient Alain Hayot, en affirmant, « sur des questions prédominantes » comme l’est aujourd’hui devenue celle de la laïcité, « ce que nous voulons vraiment ». Au deuxième rang, Gérard approuve. Il faut « radicaliser notre propre discours », réinvestir l’ensemble du champ politique. « Car tout ce qu’on leur abandonne, ils le prennent et le retournent contre nous. »

 

Grégory Marin



05/11/2012

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