Vigilance Isère Antifasciste

Vigilance Isère Antifasciste

Le Front National de Marine Le Pen. Décryptage et argumentaire en 8 fiches ( par Front de Gauche)

Par  PCF et Front de Gauche :

Le Front National de Marine Le Pen.

Décryptage et argumentaire en 8 fiches

 

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Marine Le Pen : une extrême droite bien réelle


L’opération est menée depuis plusieurs années, sortir le FN  de son isolement en lui donnant un visage plus acceptable pour un maximum d’électeurs. Si du point de vue de l’image le passage du père à la fille favorise totalement cette évolution, sur le plan des idées l’enrobage de circonstance ne modifie pas le fond. Pourtant, Marine Le Pen ne ménage pas ses efforts, avec la multiplication des références à la liberté (80 fois dans le discours du 1er mai), au peuple (50 fois dans celui du 19 novembre), la tournure sociale de ses discours, sans parler de la crise. Une reprise pure et simple d’analyse et de constats que nous pouvons faire ! Mais cette tentation de coller sur des thématiques sociales ne doit pas faire illusion, le fond de commerce et les motivations profondes du FN restent les mêmes, ce sont celles de l’extrême droite.
Le FN dans sa version Marine, joue toujours sur les mêmes ressorts, la peur, la stigmatisation de l’autre, de l’étranger, pour capter un électorat bousculé par la crise. Un électorat qui a peur du déclassement social, de la précarisation et qui veut trouver un responsable à cela.
Jouant sur toutes les ambiguïtés, Marine Le Pen n’hésite pas dans ses interventions à dénoncer les spéculateurs et les marchés financiers. Mais elle se garde bien dans son programme de s’attaquer à ces derniers. Bien au contraire, en jouant sur la division entre les opprimés, en dénonçant les syndicats, Marine Le Pen fait le jeu d’un patronat qui n’a de cesse de vouloir rogner les droits des salariés.
Cet argumentaire met en évidence la filiation historique du Front national qui se retrouve dans ses thèmes de prédilection et qui structure son électorat. Il y a l’immigration, le combat contre les syndicats ouvriers, son positionnement économique libéral, sa conception de la place de la femme dans la société ou bien encore la sécurité. Sur l’ensemble des thématiques qu’elle peut aborder dans la présentation de son programme, Marine Le Pen se contente de décliner la « priorité nationale ».

 

 

 

 

1- Une Histoire en mouvement.   Pétain, OAS, Le Pen : une histoire commune


L’émergence d’une droite conservatrice dure, violente et antisémite connaît ses premières manifestations dans la France de la IIIe République.
Après la défaite de 1871, un courant revanchard apparaît qui se nourrit d’antiparlementarisme et d’antisémitisme. Il se manifestera fortement lors de l’affaire Dreyfus, avec l’Action française.
Toutefois, aucun grand mouvement n’émerge, on a plutôt une multitude de groupuscules nationalistes, antisémites et antibolchéviques. Le 6 février 1934, ces mouvements manifestent place de la Concorde, menaçant pour un soir la République. Cependant, l’extrême droite est unie pour apporter son soutien à Petain, qui met en oeuvre la Révolution nationale, un régime corporatiste, ultra-conservateur qui collabore avec les nazis avant de s’écrouler en 1944.
La découverte de l’horreur des camps de concentration jette durablement l’opprobre sur l’extrême droite. La Guerre d’Algérie est l’occasion de sa résurgence avec l’OAS, organisation terroriste qui agit en Algérie et en France. Dans les années 60, si l’activisme violent se poursuit (Occident, Ordre Nouveau, GUD…), on a la première tentative de légitimation par les urnes avec la candidature à la présidentielle de 1965 de Tixier-Vignancour, dont le bras droit est Le Pen.
En 1972, des mouvements s’unissent pour fonder le Front national dont la présidence est confiée à Le Pen. En 1983, son bras droit est élu aux municipales de Dreux grâce au soutien de la droite. En 1986, le FN obtient une trentaine de députés. Le FN s’enracine dans le paysage politique. En 1995, Le Pen obtient près de 15 % à la présidentielle, 4 villes tombent aux mains du FN, dont Toulon.
Le Pen parvient à fédérer durablement autour de lui toutes les traditions de l’extrême droite française (intégristes catholiques, identitaires…). Il alterne dérapages verbaux et victimisation. Il théorise le concept de préférence nationale dans lequel il va justifier toute l’idéologie lepéniste. Mobilisés par les discours de la droite sur l’insécurité, perplexes quant à l’avenir, 16 % des électeurs ont porté Le Pen en deuxième position lors de l’élection présidentielle le 21 avril 2002.
La frontière entre le FN et l’UMP devient de plus en plus poreuse. Nicolas Sarkozy voulait nettoyer les banlieues au kärcher et n’hésite pas à faire le lien entre immigration et délinquance. Désormais, la perspective d’une alliance à droite entre un FN « relooké» par Marine Le Pen et une UMP de plus en plus guidée par les thèses populistes est en chantier.

 

 

2- Immigration et priorité nationale.   L'immigration serait la cause de tous les maux


La priorité nationale est le principe que le FN souhaite mettre en oeuvre pour résoudre (presque) tous les problèmes. Toute cette théorie tient presque entièrement dans l’équation : immigration = chômage + insécurité et maintenant déficits.

En cessant de donner du travail aux immigrés, il y en aurait davantage pour les Français auxquels devraient être réservés prioritairement la plupart des programmes sociaux (allocations, couverture santé, logement...).
En raison de la courbe des âges et du taux de natalité, la population décroîtrait sans l’immigration. Il y a une entrée par an pour 650 habitants… Nous sommes très loin de « l’invasion
massive » que Le Pen agite dans chaque discours. L’immigration zéro est donc un objectif stupide. La suppression du regroupement familial, c’est empêcher des enfants de retrouver leurs parents. On notera à ce propos que 61 % des entrées au titre du regroupement familial concernent en réalité des familles de Français.
De plus, l’immigration n’est pas un coût pour la France. Si,en 2009, les immigrés ont reçu 48 milliards de l’État, ils lui en ont rapporté 60 en impôts et cotisations sociales, soit un solde positif de 12 milliards.
Le FN dit en permanence que les immigrés seraient difficiles à intégrer. Or, toutes les études sociologiques montrent le contraire. Ainsi, les immigrés d’origine sub-saharienne s’intègrent aussi bien que les Italiens dans les années 1930.
Autre idée reçue : les immigrés créeraient du chômage. C’est ignorer qu’ils sont aussi des consommateurs et qu’ils contribuent ainsi à créer des emplois. On observe également que le taux de chômage est inférieur dans les pays à forte proportion d’étrangers (USA, Suisse) que dans ceux où l’immigration est faible (Italie).
La politique du FN n’est pas que discriminatoire, mais aussi dangereuse, lorsqu’elle attise des peurs infondées. Le FN souhaite même supprimer l’aide médicale d’État. Les sans-papiers
ne pourraient plus se soigner. C’est humainement inacceptable, mais aussi redoutable en matière de santé publique. En plus de discriminer, le FN n’hésite pas à propager des idées
fausses comme, par exemple, affirmer que les immigrés seraient à l’origine de l’épidémie de sida en France…
Marine Le Pen se pose en chantre de la laïcité, mais cache mal son anti-islamisme viscéral, qu’elle exprime à tout propos. Elle demeure, en revanche, bien silencieuse en ce qui concerne les coups
de force des militants catholiques intégristes (perturbation de pièces de théâtre, rassemblements anti-avortement…).

 

 

3- Un programme économique ultra-libéral mais flou.   Les patrons gardent leurs privilèges


Le FN fustige la mondialisation mais ne propose aucune alternative si ce n’est la fermeture des frontières, fidèle à son credo d’une France refermée sur elle-même. Aucune politique de coopération ou de solidarité.

Afin de relancer l’industrie française, Marine Le Pen ne propose rien de moins que de faire appel à des bénévoles parmi les chômeurs. La prospérité des entreprises ne serait garantie que par des baisses d’impôts et de charges, bref par un dumping fiscal et social dont les salariés seront les premières victimes.
En ce qui concerne la dette publique, Marine Le Pen dénonce la fraude sociale et les immigrés. En revanche, rien sur les entreprises responsables de 80 % de la fraude sociale. Rien non plus sur les 30 milliards annuels d’exonération de cotisations accordés au patronat. Les patrons ne sont pas plus mis à contribution pour améliorer le pouvoir d’achat : jamais le FN ne mentionne l’augmentation des salaires ou du smic.
En prônant la sortie de l’euro, le FN refuse d’en faire un outil de coopération dans l’UE. Le retour
au franc s’accompagnerait d’une politique de dumping monétaire.
Ce que Marine Le Pen ne dit pas, c’est que la dévaluation qui suivrait aurait pour effet de faire
exploser la dette et s’accompagnerait d’une forte inflation et d’une spéculation contre le
franc. Les salariés et leurs familles en seraient les premières victimes..

 

 

4- Le FN  adversaire du syndicalismeMarine Le Pen aime les travailleurs soumis


Le Front national souhaite supprimer les syndicats ouvriers et restaurer un système corporatiste tel qu’il a été mis en oeuvre par Pétain dans la Charte du travail. Salariés et patrons auraient
comme intérêt commun le bon fonctionnement des entreprises. Ainsi tout le monde serait satisfait ! Il n’y aurait plus de place pour les syndicats et l’État n’aurait plus de rôle de régulation,
les marchés s’en chargeraient…
Le FN ne montre aucune solidarité avec les salariés. Ainsi, ses élus n’ont jamais apporté leur soutien aux Fralib ni voté la solidarité du Conseil régional de PACA, pourtant approuvée du
Front de gauche à l’UMP, au prétexte que le débat aurait été manipulé par la CGT.
Marine Le Pen cherche à capter le mécontentement social mais ne propose rien. Elle a des positions ultra-libérales, elle ne réclame aucun droit pour les salariés, aucune revalorisation des retraites… Aucun salarié, aucun retraité n’a intérêt à voter pour le FN dont la première fonction est de diviser et de diriger la colère contre les autres, collègues, voisins… surtout lorsqu’ils sont étrangers ou fonctionnaires.
En ce qui concerne le combat contre la réforme des retraites, Marine Le Pen a déclaré : « Voilà deux semaines que la France s’installe dans le chaos, entre grève, manifestations et blocus…

 

 

5- Quelques points du programme du FN.    Politiquement dangereux, socialement creux


J comme justice et sécurité
La politique du Front national, en matière de maintien de l’ordre public et de justice est exclusivement répressive et n’aborde ni la prévention, ni la réinsertion. Faisant le lien avec ses orientations en matière d’immigration, le programme du FN prévoit le rétablissement
de la double peine. Par ailleurs, Marine Le Pen est partisane du rétablissement de la peine de mort.
Plus aucune aide sociale ne serait versée aux récidivistes délinquants ou aux criminels justiciables d’une peine d’un an ou plus. Ils ne pourraient plus prétendre à l’obtention d’un logement social. Ces mesures scandaleuses sont une autre forme de double peine qui ne s’appliquerait plus seulement aux justiciables, mais également à leurs familles. Conjoint-e-s et enfants seraient également condamné-e-s. C’est complètement injuste et aggraverait la situation de familles déjà en grande difficulté.
Pour le Front de Gauche, la lutte pour la sécurité doit s’appuyer sur la prévention, la dissuasion et la sanction.
Les dispositifs de loi anti-jeunes qui pénalisent les familles seront abrogés. La baisse des effectifs dans la police et la justice sera stoppée et des recrutements engagés. Un vaste
plan d’humanisation de l’univers carcéral sera mis en oeuvre.


L comme logement
Le programme présidentiel de Marine Le Pen indique que les logement sociaux devraient être très prioritairement réservés aux Français. Par ailleurs, la loi SRU devrait être révisée : l’objectif ne serait pas de construire davantage de logement sociaux mais d’attribuer les logements selon les critères du FN. Nulle part dans ce programme n’est mentionnée la question de la hausse des loyers.
Les propositions du Front de Gauche sont tout autres.
Un plan d’urgence de construction de 200 000 logements sociaux par an et pendant 5 ans. Les loyers seront bloqués.


R comme retraites
Pour financer le système de retraites, Marine Le Pen compte sur le retour du plein emploi et une « politique nataliste volontariste, plutôt qu’une immigration coûteuse. La solidarité entre les générations suppose de nouvelles générations nombreuses qui feront la force de la France ».

Elle ne souhaite pas l’abrogation des réformes successives du système de retraites.
De son côté, le Front de Gauche est pour le retour au droit à la retraite à 60 ans, à taux plein, avec 37 ans et demi de cotisations. Le financement sera assuré notamment par une cotisation
nouvelle sur les revenus financiers des entreprises.

 

S comme santé
Hormis des propos creux, le programme de Marine Le Pen en matière de santé s’attarde longuement sur la priorité qui doit être donnée aux Français en s’attaquant à la protection des immigrés (délai de carence d’un an, suppression de l’aide médicale d’État). La lutte contre la fraude sera également une priorité. On note toutefois que si le FN parle de la fraude par les usagers, d’usurpation de droits par des immigrés en situation irrégulière
– ce qui est impossible dans la réalité et relève du fantasme
– nulle part il n’est fait mention de la fraude des entreprises qui représente pourtant 80 % de la fraude totale.
Le PCF et le Front de Gauche proposent au contraire de rétablir le remboursement intégral à 100 % des dépenses de santé couvertes par la Sécurité sociale. Le financement de la protection sociale à partir des cotisations sur les salaires se fera avec une contribution sur les revenus financiers des entreprises, des banques et des assurances.


S comme salaires
Marine Le Pen ne propose rien dans son programme…

 

 

6- Renvoyer la femme au foyer.   Le FN veut remet en cause les conquêtes féministes


Marine Le Pen souhaite que l’IVG ne soit plus remboursée par l’assurance maladie. Cela constituerait un retour en arrière considérable, allant presque jusqu’à revenir avant la Loi Veil de
1975. Sur ce sujet, le FN propose un référendum visant à donner à la vie un caractère sacré dès la conception. Autrement dit, c’est une remise en cause pure et simple de la liberté de disposer de son corps.
Un revenu parental d’éducation, autrefois appelé salaire maternel, sera instauré. Sous prétexte de permettre aux parents de se consacrer à l’éducation des enfants, il s’attaque à l’indépendance que les femmes ont acquise par le travail. Mais étant donné l’inégalité des salaires et le poids des traditions, on sait bien à quel parent reviendrait le devoir de rester au foyer ! D’ailleurs, c’est uniquement pour les femmes que sont prévus les aménagements du temps de travail qui les contraignent à une double journée de travail : et professionnelle et domestique.
Un statut pour les mères de familles françaises sera créé. Il s’agit non pas de donner à l’ensemble des femmes, mariées ou célibataires, avec ou sans enfants, des droits propres et individuels, mais de leur donner des droits en fonction de leur rôle social de mère de famille. Le programme du FN ne fait aucune place aux femmes en tant qu’individus autonomes.

 

 

7- Quel est l’électorat du Front National ?     Le FN joue sur les peurs


L’électorat du FN comprend des électeurs d’extrême droite, des déçus du sarkozisme mais également un électorat populaire.
Ce dernier, qui n’est pas l’essentiel du vote FN, est mû par la peur du déclassement, de l’autre, du pauvre. L’autre n’est pas forcément l’étranger, mais est perçu comme un concurrent. Les récentes études d’opinion montrent qu’une part non négligeable de la jeunesse est sensible au discours de Marine Le Pen.
Une thèse assénée régulièrement par la droite prétend que l’électorat FN est l’ancien électorat communiste.
Si d’anciens électeurs communistes se sont reportés sur le vote FN, le phénomène est assez limité et, pour une très forte proportion de cet électorat, cette « thèse » est erronée. Elle vise surtout à occulter une réalité : celle de la porosité entre l’électorat de droite et celui du FN.
Le déclin du PCF est antérieur à 1984, date à laquelle on observe l’essor du Front national. Un électorat populaire de droite a toujours existé sans qu’on puisse établir de corrélation avec
celui du PCF. Par ailleurs, les déçus du communisme se sont majoritairement reportés sur le Parti socialiste ou sur l’abstention.
Enfin, la remontée de l’influence du PCF depuis la mise en place du Front de Gauche s’effectue simultanément à celle de Marine Le Pen et du FN aux dernières élections.

 

8- Conclusion
Nous voulons montrer le vrai visage de Marine Le Pen et de son programme. Celui d’une extrême droite qui tente de se rendre fréquentable, mais qui n’a rien cédé sur le plan des idées.
Pour y parvenir, il faut éviter quelques pièges. Le réflexe démocratique et la diabolisation historique ont fonctionné par le passé pour dresser un «cordon sanitaire» autour du FN.
Mais aujourd’hui, cela n’est plus suffisant.

La banalisation des idées du FN, nécessite de prendre l’offensive idéologique.
Notre ambition, avec le Front de Gauche, c’est d’ouvrir une perspective à gauche, pour une véritable alternative. Pour y parvenir, il nous nous faut impérativement regagner la bataille des idées. La lutte contre celles sur lesquelles le FN tente de prospérer est une priorité.

 

"Préférence nationale":  version nazis, version FN .

 

 



15/01/2012

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