Vigilance Isère Antifasciste

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Rencontre : Xénophobie business. A quoi servent les contrôles migratoires ? avec Claire Rodier. 24 octobre, librairie Antigone

Xénophobie business

A quoi servent les contrôles migratoires ?

avec Claire Rodier

 

le jeudi 24 octobre 2013 de 20:00 à 22:30

Rencontre-discussion sur sur le juteux marché des frontières et le réseau “migreurop”

Grenoble, Librairie Antigone

22, rue des Violettes
Tram C, arrêts "Vallier-Catane" ou "Dr Calmette" / Bus 32 arrêt "Champs elysées" /
Bus 26 arrêt "Vallier Catane"


Claire Rodier répond à nos questions sur le juteux marché des frontières et le réseau “migreurop”.
Juriste et militante au Gisti (groupe d’information et de soutien des immigré.e.s), co-fondatrice du réseau euro-africain Migreurop, elle s’intéresse aux politiques d’asile et d’immigration en Europe et a publié, seule ou en collaboration, plusieurs ouvrages sur ces sujets.

Ses dernière publications :
- Xénophobie business – A quoi servent les contrôles migratoires, La Découverte, 2012 ;
- Atlas des migrants en Europe,(collaboration), Armand Colin, 2012 ;
- Immigration, fantasme et réalités (avec Emmanuel Terray), La Découverte, 2008.

 

Xénophobie businessClaire Rodier, dans Xénophobie Business, décrypte un sujet particulièrement d’actualité autant au niveau français que plus largement au niveau international, celui des contrôles migratoires et des mécanismes qui conditionnent leur mise en place1. La principale thèse défendue par l’auteur est celle de la triple fonction des contrôles migratoires : économique, idéologique et géopolitique. Selon elle, la gestion des frontières « sert bien d’autres intérêts que ceux qu’elle prétend défendre » (p. 16), entre autres ceux de « l’économie sécuritaire », et de certaines multinationales en particulier comme elle l’explique dans son premier chapitre.

Une analyse détaillée et très intéressante du marché mondial de la sécurité, qui a profité de la privatisation de services autrefois assurés par l’État, y est présentée. Le marché du « migrant » s’étend de la sécurisation des frontières (dispositifs de surveillance, informatisation des visas et des passeports…) à la gestion des centres de détention et l’escorte des expulsés. L’auteur s’attarde tout d’abord au rôle primordial de la compagnie multinationale de sécurité privée G4S, deuxième employeur en terme d’importance du secteur privé dans le monde en 2011 (avec plus de 600 000 salariés et dont le champ d’action s’étend à plus de 110 pays) et qui a été l’une des grandes bénéficiaires de la « mercenarisation » des missions de sécurité.

En ce qui concerne l’Europe, Claire Rodier rappelle que le marché sécuritaire privé s’y est développé de manière concomitante avec l’instauration de la libre circulation au niveau communautaire. Plusieurs dispositifs ont permis cette expansion, à commencer par le Système Intégré de Surveillance Extérieure (SIVE) nécessitant de recourir à l’entreprise privée Indra pour assurer le contrôle des frontières maritimes au Sud de l’Europe. Le cas des Etats-Unis lui permet de souligner d’un autre côté les connivences entre acteurs publics et privés, en ce qui concerne l’industrie carcérale qui a largement profité des événements du 11 septembre 2001, moment à partir duquel les sans-papiers vont occuper une place croissante parmi les détenus dans les prisons américaines.

Bien qu’en terme d’impact, notamment chiffré, l’efficacité des nombreux dispositifs mis en place pour contrôler les frontières reste à débattre, les contrôles migratoires remplissent, comme le rappelle Claire Rodier dans son deuxième chapitre une fonction idéologique. L’une des dimensions abordées par l’auteur est celle du rôle joué par l’édification de murs dans plusieurs régions du monde. Il ne s’agit non pas tant d’empêcher les migrants de passer, mais surtout de leur faire peur et de réconforter la population et les États qui mettent en place ces murs pour bien marquer leurs frontières et désigner l’ennemi tapi derrière. Cette fonction idéologique transparaît également dans le discours institutionnel visant à associer immigration et terrorisme.

Le troisième chapitre porte sur le rôle central de la lutte contre l’immigration irrégulière dans les négociations entre l’Union européenne (UE) et ses voisins, la question migratoire servant désormais de levier en contrepartie de conclusion d’accords économiques et politiques. Le cas du Maroc « bon élève de l’Europe » est rapporté, ce pays ayant signé des accords de réadmission avec l’UE en 2008 moyennant de nombreux privilèges en termes d’accords commerciaux et une coopération sécuritaire, judiciaire et policière accrue. Autre exemple, en ce qui concerne les pays de l’Est (Ukraine, pays des Balkans), la question de l’adhésion à l’UE est soumise d’abord à une collaboration en matière de contrôle des frontières. Enfin, du côté de l’Afrique subsaharienne, des accords en matière de contrôle des frontières et de réadmission ont été ou sont négociés avec les gouvernements en place (Cameroun, Côte d’Ivoire, Gambie, Ghana, Mauritanie, Sénégal…) moyennant aide au développement et promesse de mise en place de programmes de travailleurs migrants.

À travers des exemples tirés de différentes parties du monde, Claire Rodier décrit et analyse ainsi les différentes fonctions des contrôles migratoires. Par ailleurs, elle relève deux contradictions qui leur sont inhérentes : tout d’abord, l’intensification de ces contrôles dans un contexte d’accroissement des mobilités internationales. Ensuite, leur multiplication : en gros, plus on contrôle et plus il faut contrôler. L’apport le plus important de cet ouvrage est sans doute la présentation d’informations généralement bien cachées concernant l’importance des intérêts économiques privés que sert la mise en place intensifiée des contrôles migratoires un peu partout dans le monde, ce que l’auteur appelle « Xénophobie business ».

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L'idée de ce livre est partie d'un double constat : la référence au respect des droits de l'homme ne suffit pas, ou ne suffit plus, pour remettre en cause les politiques migratoires qui leur portent atteinte. Par ailleurs, beaucoup de contre-vérités circulent sur la question des migrations : « L'immigration pèse sur le budget national », « il faut privilégier l'immigration choisie contre l'immigration subie », « l'aide au développement peut interrompre les flux d'émigration », « la lutte contre l'immigration clandestine favorise l'intégration des migrants installés »... Ces idées fausses traduisent une grande méconnaissance de la réalité de l'immigration et de la politique migratoire menée en France par la droite comme par la gauche depuis les années 1970, et plus encore de celle mise en place dans les années 2000 et qui se profile au plan européen.

Face aux fantasmes et aux mensonges, cet ouvrage a pour objectif de poser les bonnes questions, d'analyser les conséquences des politiques menées et de démonter les solutions hâtives, afin de montrer la réalité des situations et de susciter le débat. Il s'adresse aux personnes qui, bien qu'attachées au respect des droits de l'homme doutent, ébranlées par les discours sécuritaires ou économistes. Il suggère qu'une politique alternative à la fermeture des frontières n'est pas forcément irréaliste ou utopique.

 



30/09/2013

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