Vigilance Isère Antifasciste

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Romans-sur-Isère : indignation après la condamnation du graffeur qui avait recouvert une croix gammée

A Romans-sur-Isère, on ne comprend pas et on s'indigne. Car à Romans, il vaut mieux faire un tag nazi, et pas discret du tout,  et ce sera l'impunité. Mais pour celui qui  recouvre la croix gammée, ce sera une une condamnation sévère.

Ce 30 octobre, Antoine Sahy  était convoqué à la Maison de la Justice et du Droit. Tout le monde s'attendait à un simple "rappel à la loi", c'est à dire pas de condamnation, pas de peine, pas d'amende ni inscription au casier.

 

L'histoire avait débuté en plein mois d'août.  Un grand tag, très visible,  s'étale au-dessus de la Cité de la musique : "I have a dream", suivi d'une bulle contenant une croix gammée. Les services de la Ville ne réagissent pas.  Au commissariat de police, situé juste en face de ce tag, pas plus de réaction.

 

Ces "autorités" ne semblent pas s'inquiéter  non plus des tags antisémites, qui,  au même moment,  recouvrent des affiches pour les élections régionales de Cécile Cukierman, candidate du PC.
A préciser : lors des municipales de 2014,   la mairie de Romans-sur-Isère, après avoir été pendant 37 ans sans discontinuer à gauche, est passée sous les couleurs  UMP/LR , Marie-Hélène THORAVAL l'ayant emporté, à la faveur d'une  triangulaire UMP-FN-Union de la gauche,  lors du  vote de second tour .

 

Antoine Sahy,  dont la famille est d'origine tahitienne, et qui n'a rien d'un violent ni d'un vandale, ne peut supporter l'inaction face à ce qu'il nomme "le symbole le plus malsain qui existe". Artiste amateur  et graffeur, Antoine recouvre cette ignominie, par un dessin de tortue,  "ma spécialité", confie-t-il. Pour lui, c'est un acte parfaitement légitime et normal, il a accompli, modestement , "un geste citoyen".

 

Romans tag croix gammée.jpg

 

Romans A Saly graf tortue.jpg

 

Mais voilà,  deux  policiers l'interpellent, lui font passer un moment au poste, dressent un procès-verbal. Et l'affaire ne s'arrête pas là, car la mairie dépose plainte,  et Antoine reçoit une convocation en Justice. 

 

Antoine est choqué : "J’ai l’impression d’avoir fait un geste citoyen. Je trouve ça anormal de me condamner moi au lieu de chercher les vrais coupables » explique-t- il au Dauphiné Libéré, édition du 24 octobre 2015.  Il est d'ailleurs tellement certain de sa bonne foi  et de n'avoir  rien à cacher qu'il se laisse prendre en photo pour le journal.

 

La LICRA ((Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme) apporte son soutien à Antoine, et regrette l'impunité pour le ou les apologistes du nazisme :« il faut que la loi soit appliquée avec mesure et en tenant compte du contexte de l’infraction. Ainsi, les raisons de l’action d’Antoine doivent être bien comprises : il s’agissait de cacher une croix gammée, emblème du nazisme ... Nous ne savons pas si les auteurs de cette croix gammée ont été recherchés.» Et la LICRA rappelle la loi, concernant le véritable délit, autrement plus grave  : « L’article 24 de la loi du 29 juillet 1881 prévoit que seront punis de 5 ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende, ceux qui auront fait l’apologie de crimes contre l’humanité ou crimes de guerre ». La Licra termine avec cette évidence :  «  la croix gammée aurait dû être effacée plus tôt afin d’éviter qu’un citoyen ne le fasse lui-même ».

 

La mairie semble alors faire marche arrière, et explique au Dauphiné Libéré, que tout en maintenant la plainte, elle "regrette que le tagueur initial n’ait pas pu être identifié , ...,  et compte demander, lors de la composition pénale, un simple « rappel à la loi " à l’encontre d’Antoine.

 

Et le 30 novembre, très mauvaise surprise pour Antoine et ses amis , cf Dauphiné Libéré du 31 octobre :

 

Pas de clémence pour le graffeur citoyen

Qui a dit que la justice française était laxiste ? La preuve hier, dans la petite salle de la Maison de la justice et du droit de Romans, où Antoine Sahy, jeune graffeur romanais de 28 ans, devait répondre de son acte.   Si ses intentions étaient louables, le procureur de la République de Valence n’a pas souhaité abandonner les poursuites. Bien au contraire. Il a proposé au graffeur d’effectuer 60 heures de travail non-rémunéré (l’équivalent de travaux d’intérêt général), ou bien de payer une amende de 600 euros. Une décision qui intervient alors que la ville de Romans, à l’origine de la plainte, a indiqué qu’elle ne souhaitait qu’un simple rappel à la loi.  

Plutôt confiant en entrant à la Maison de la justice et du droit, Antoine Sahy ne cachait pas sa déception à la sortie. Il a 14 jours pour prendre sa décision : accepter d’effectuer ces travaux, ou refuser et s’exposer à des poursuites pénales et notamment une amende pouvant aller jusqu’à 3 750 euros.

 

Pour la Licra : « On marche sur la tête »

« Je pensais vraiment que j’allais enfin en finir, mais non… ». D’un naturel réservé, Antoine Sahy ne s’explique pas cet « acharnement » à son égard. « Je n’arrive pas à me dire que j’ai vraiment fait quelque chose de mal » poursuit-il. Travaillant dans une entreprise à Peyrins, il juge ces 60 heures « vraiment exagérées » et regrette que « le procureur n’ait pas fait preuve d’un peu plus d’humanité ».

Soutenant le tagueur, la Licra 26 et son trésorier Romain Teufert s’indigne de la décision : « On marche sur la tête. Nous ne comprenons pas que la justice condamne un tel geste surprenant ». Sur les réseaux sociaux, l’affaire a déjà fait réagir et provoqué des centaines de soutiens.

Si l’acte de taguer une croix gammée est passible de 5 ans d’emprisonnement, la recouvrir n’en serait donc, aux yeux de la justice, pas moins condamnable.

 

Romans A Saly FB 1.jpgAprès ce jugement aberrant,  l'indignation et la solidarité s'expriment  de plus belle.

 En particulier sur les réseaux sociaux , notamment  ici :  -> Facebook / Soutenir Antoine

 

On rappelle la mémoire de la Résistance :  Romans étant située au pied du Vercors, de nombreux habitants et jeunes de la vallée avaient rejoint les maquis, pour s'opposer à l'occupation nazie et ses auxiliaires du régime du Maréchal Pétain.  On vit la plainte de la Mairie et la condamnation d'Antoine comme un reniement des valeurs antifascistes de la Résistance.

 

Sur cette page de soutien à Antoine, on discute d'actions à entreprendre. Une personne se lance dans un Jeûne de soutien à Antoine . D'autres évoquent la prochaine réunion du Conseil municipal pour faire savoir  la révolte devant la condamnation qui frappe Antoine.  On songe aussi à confectionner affiches, banderoles, messages artistiques, ... , on songe à mobiliser tous les soutiens possibles.

 

Solidarité aussi de notre part, à 100 % !

 

 NB : il s'agit bien d'Antoine SAHY,  ( et non Saly comme il avait été écrit par erreur dans l'article  Dauphiné Libéré du 24 octobre)

 

MISE A JOUR 4 NOVEMBRE  Dauphiné Libéré :

ROMANS-SUR-ISERE Le graffeur sera jugé au pénal
Il l’avait déjà laissé entendre, et cette fois sa décision est prise : Antoine Sahy, le graffeur qui avait recouvert il y a plusieurs semaines une croix gammée avec une bombe de peinture, a décidé de refuser la proposition du procureur qui prévoyait une peine de 60 heures de travail non-rémunéré ou une amende de 600 euros.
Au lieu de cela, le Romanais a décidé « d’aller au bout » de sa démarche, et de comparaître devant le tribunal correctionnel, où il devrait être défendu par un avocat dépêché par la Licra (ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme), qui le soutient depuis le début de l’affaire


04/11/2015

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