Vigilance Isère Antifasciste

Vigilance Isère Antifasciste

Après l’élection présidentielle, avant les législatives. Par VISA (Vigilances Syndicales Anti-Fascistes)

Par VISA (Vigilances Syndicales Anti-Fascistes), le 16 mai 2012

( lire la 1ère partie ici)

 

Après l’élection présidentielle, avant les législatives 2/2

Vote FN et proximité syndicale
Au niveau du vote des personnes déclarant dans les sondages « qualitatifs » avoir une « proximité syndicale » quelconque, on observe grosso modo les mêmes tendances que lors des élections présidentielles de 1995 et 2002. La stabilité dans les proportions règne aussi par rapport au scrutin de 2007, même si le volume global du vote d’extrême droite était plus faible lors de cette élection.

Nous retrouvons, comme en 2002, toujours un niveau assez faible de vote FN chez les personnes déclarant une proximité avec les syndicats de SOLIDAIRES : 3 % ; certains sondages indiquant 4 % pour cette année. Parmi celles se déclarant proches de la FSU, le taux est identique. Pour les organisations syndicales les plus importantes en adhérents, le taux d’électeurs FN parmi les personnes s’en déclarant « proches » varie toujours – selon les différents sondages – entre 6 % et 12 %, pour la CGT et la CFDT. Ce fut déjà le cas en 1995 et en 2002. Les pourcentages les plus élevés sont toujours, comme lors des élections présidentielles, observés parmi les personnes se déclarant proches de FO (au moins 15 %, selon les instituts, et jusqu’à 25 % dans un sondage réalisé en 2012). La moyenne lors des élections de 1995 et 2002, parmi les personnes « proches » de ce syndicat, était alors de 18 à 19 %. Le fétichisme du prétendu caractère apolitique du syndicalisme qui est parfois cultivé dans cette confédération, au nom de l’« indépendance », ne protège visiblement pas des pires dérives politiques. Ceci d’autant plus qu’aucun repère politique n’est fourni pour les prévenir. Le vote FN est aussi particulièrement élevé parmi les « proches » de la CFTC, avec au moins 15 % ; ce taux était cependant encore plus élevé en 2002.

Ces chiffres ne valent pas constat scientifique, puisqu’ils sont basés sur des déclarations subjectives et non vérifiables, des électeurs sondés. Il leur était, en outre, demandé leur « proximité » ressentie avec une organisation syndicale donnée, et non pas leur appartenance réelle : les sondés ne possèdent pas nécessairement une carte d’adhérent à un syndicat. 

 

Auto portrait d’un électeur FN
Notons un dernier élément intéressant, en ce qui concerne les électeurs et électrices du FN. Dans un sondage publié par le quotidien « Libération » (du 25 avril 2012), les personnes qui déclarèrent avoir voté pour tel ou telle candidat(e) étaient priées de décrire elles-mêmes leur situation sociale. Elles avaient ainsi le choix de dire que leur situation globale s’était améliorée (1), détériorée (2), ou qu’elle était restée au même niveau (3). Ainsi on observe que dans la première et la troisième catégorie, c’est Nicolas Sarkozy qui est nettement en tête, avec respectivement 43 % des votes. Pour le candidat François Hollande, on constate qu’il est en tête dans le deuxième groupe (31 %), mais les différences ne sont pas énormes dans son cas puisqu’il obtient aussi 28 % dans la troisième et 24 % dans la première catégorie. Pour Marine Le Pen, enfin, les écarts sont nettement plus significatifs. 22 % dans la deuxième catégorie – qui indiquent que leur situation se serait dégradée -, 11 % dans la première (la situation se serait améliorée) et 9 % de la troisième catégorie votent pour elle.

Ensuite, on demande aux mêmes électeurs et électrices de s’auto-décrire par l’un des termes suivants, en référence au regard que la personne porte sur la marche globale de la société : « optimiste », « confiant », « heureux », « indifférent », « pragmatique », « inquiet », « désenchanté » ou encore « révolté ». A cet égard, on observe – sans entrer ici dans tous les détails importants – que le candidat François Hollande était en position de force parmi les « optimistes » (32 %) et les « heureux » (31 %) mais aussi les « désenchantés » (29 %), alors que Sarkozy attirait surtout le vote des « confiants » (42 %) mais aussi des « inquiets » (30 %). La confiance déclarée semblant, ici, surtout avoir un aspect légitimiste vis-à-vis de « l’homme fort ». Or, en ce qui concerne l’électorat de la candidate du FN, on observe ici une différence éclatante. Plus que toute autre candidate, Marine Le Pen attire, dans ce sondage, les votes de ceux et celles qui se déclarent « indifférents » à la marche de la société, à savoir 53 %. Son deuxième meilleur résultat se situe dans la catégorie des « révoltés » (30 %).

Ce constat permet de déduire que, s’il est vrai qu’un certain vote « protestataire » et de colère sociale dévoyée ou pervertie a pu être porté sur la candidate FN, cela n’en explique qu’une partie. Le large écho recueilli par la candidate d’extrême droite parmi des personnes se déclarants « indifférent(e)s » vis-à-vis de l’avenir de la société est remarquable. Il démontre aussi qu’il s’agit d’un vote d’égoïsme social caractérisé.

 

La droite classique : plus radicalisée que jamais

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Cette année, le terme « immigration » n’est pas seulement mentionné – comme dans les années précédentes – par une majorité parmi les électeurs du FN, pour expliquer les raisons de leur vote. C’est désormais aussi le cas des électeurs du candidat de la droite classique. Selon des chiffres indiqués par le journal « Rue 89 » (en date du 07 mai 2012), au total 53 % des électeurs de Nicolas Sarkozy au second tour auraient déclaré que « l’immigration » était parmi leurs principaux motifs de vote. Le terme est ainsi classé au deuxième rang, puisque « la dette et les déficits » (mentionnés par 65 %) occupent le premier.

 

La radicalisation idéologique d’une partie de la droite classique, reprenant une partie de plus ou plus importante du répertoire du discours du FN, ne date pas d’hier. Dans la chronologie, on peut nommer la création d’un « ministère de l’immigration et de l’identité nationale » (annoncée en mars 2007 par le candidat Sarkozy, réalisée après les élections de 2007), le fameux « débat sur l’identité nationale » (de novembre 2009 à février 2010), le « discours de Grenoble » avec la campagne contre les Roms et les doubles nationaux criminels (juillet - août 2010), ou encore le « débat » totalement artificiel sur la viande halal. Ce dernier avait été déclenché par Marine Le Pen lors de la convention du FN à Lille des 18 et 19 février 2012, puis la fièvre était retombée… avant d’être rallumée par Nicolas Sarkozy et Claude Guéant, aux premiers jours de mars 2012.

Une bonne partie de la campagne de la droite classique, juste avant et surtout après le premier tour, était consacrée à présenter un dessin apocalyptique des plans du camp adverse en matière d’immigration. Le « danger » représenté par le droit de vote qui serait donné aux immigrés installés depuis une certaine durée en France – décrit par le camp sarkozyste comme un outil de « chantage communautaire » - occupait une bonne partie de la campagne de l’UMP à partir du 22 avril. Un « appel de 700 mosquées » au profit du candidat François Hollande fut inventé, alors qu’il s’agissait en réalité de l’appel d’un individu (par ailleurs ancien « conseiller diversité »… de Nicolas Sarkozy) qui indiquait s’être adressé à 700 mosquées afin d’inciter au vote. Tout était utilisé pour allumer les feux des ressentiments et flatter les bas instincts, faisant croire que la France était en train d’être submergée par une invasion étrangère, dont le candidat socialiste serait le complice.

Une partie de l’ancien camp gouvernemental a d’ailleurs continué sur la même lancée, quand les résultats du second tour étaient connus. Des dirigeants de l’UMP (dont l’ancienne ministre Nadine Morano et le chef du parti, Jean-François Copé), au même titre que le vice-président du FN Louis Aliot , s’offusquaient de la présence de « drapeaux étrangers », le soir du second tour. Alors que quelques jeunes ayant probablement la double nationalité brandissaient gentiment des drapeaux espagnols, marocains, algériens ou sénégalais à la place de la Bastille, la scène fut décrite sur un ton apocalyptique.

 

N’oublions pas, non plus, la véritable provocation que constituait la tentative de la droite sarkozyste d’organiser un contre rassemblement, opposé à celui des syndicats et des travailleurs, le 1er mai. Celui-ci fut d’abord décrit comme la « fête du vrai travail », opposant ainsi les salariés (et les patrons !) du privé aux « assistés », mais aussi au travail dans la fonction publique. Ses membres, enseignants ou personnels infirmiers, seraient des privilégiés parce que « non exposés à la concurrence », faisait valoir le candidat Sarkozy. Par la suite, la provocation étant décidément trop grosse, Nicolas Sarkozy tenta de reformuler l’expression ; il voulait désormais parler de « vraie fête du travail ». Mais le mal était déjà fait. On pouvait d’ailleurs observer, place du Trocadéro le Premier mai, que l’assistance était plutôt patronale (et étudiante) que composée de travailleurs et travailleuses. Le discours de Nicolas Sarkozy, vantant par exemple les « risques » de ceux qui – à ses yeux – travaillent et auraient donc le droit de « jouir de leur patrimoine », s’adressait d’ailleurs aussi plutôt à des patrons-entrepreneurs qu’à des salariés… Le tout étant couronné de provocations se voulant « viriles », telle que cette formulation : « Je dis aux syndicats : posez votre drapeau rouge par terre, et servez la France. Servez la France » !

 

Il est probable que la direction de la droite classique avait fait le choix d’adopter une stratégie du « Ca passe ou ça casse ». Le discours du candidat UMP était fortement « clivant » : il choisissait la polarisation vis-à-vis des syndicats, de la gauche au sens très large, des associations de défense des droits humains, des Français(es) d’origine immigrée et d’autres pans de la société. En même temps, il n’avait jamais été aussi « ouvert » vis-à-vis du FN, le candidat Nicolas Sarkozy disant dès le lendemain du premier tour : « Si Marine Le Pen a le droit de se présenter, c’est qu’elle est compatible avec la République. » L’« ouverture » étant plus grande encore, évidemment, vis-à-vis des électeurs de ce parti, auxquels le candidat Sarkozy s’adressait en tant que tels et en justifiant quasiment leur vote : « Ils ont émis une souffrance, et il faudrait qu’on leur reproche de souffrir ? Ils ont émis un vote, et il faudrait qu’on leur reproche ce vote ? C’est à nous de les entendre, c’est à nous de les respecter, c’est à nous de les considérer. » (Le 24 avril 12 à Longjumeau).

Jamais, la droite classique n’était allée aussi loin, non plus, dans la prise en compte de revendications-clé du parti FN lui-même. Ainsi, le 26 avril 2012, alors que certains syndicats de policiers manifestaient contre la mise en examen d’un de leurs collègues – ayant tiré sur un malfaiteur dans le dos, à Noisy-le-Sec -, Nicolas Sarkozy fit sienne l’exigence de créer une « présomption de légitime défense » pour les agents de police. Celle-ci, plus forte que la présomption légale d’innocence garantie à tout justiciable, devrait permettre aux porteurs d’un uniforme d’échapper à une condamnation après avoir utilisé leur arme. Une partie des syndicats de policiers mobilisés n’avait même pas porté cette revendication, mais avait formulé des revendications plutôt en termes de conditions de travail et de débordement de la justice. En revanche, la « présomption de légitime défense » pour les policiers était inscrite en bonne place dans le programme de la candidate Marine Le Pen, depuis juin 2011. Quelque temps avant ces récents événements, le ministre sarkozyste de l’Intérieur, Claude Guéant, pas vraiment connu pour être l’un des moins durs, avait encore rejeté cette idée. Il avait parlé d’un « permis de tuer », qui ne serait pas acceptable...

 

Bilan (très) provisoire
Il est probable qu’une partie de l’UMP, ou une fraction de ses dirigeants, avait délibérément opté pour une stratégie du « Tout ou rien ». Conscients que la période à venir sera probablement difficile, en raison des accélérations probables de la crise économique et financière, ils avaient opté pour un test : la pression de la crise a-t-elle conduit la société française assez loin, pour qu’elle puisse accepter des « solutions » autoritaires ? Tout en acceptant une mise au pas des syndicats ? Si cela est le cas, nous pourrons apporter des avancées au Capital. Si cela n’est pas le cas, si la crise n’a pas encore assez progressé : alors nous passerons un tour. Aux socialistes de gérer les soubresauts de la crise, et d’encaisser les frustrations sociales et les déceptions qu’elle ne manquera pas de nourrir. A nous de nous opposer, et d’attendre notre heure, quand elle sera plus propice aux « solutions » dures.

 

Les élections législatives n’ont pas encore eu lieu. Une partie, au moins, de la droite semble d’ores et déjà avoir pris ses places dans l’opposition. Ainsi Henri Guaino, conseiller du président Sarkozy, parle-t-il (cité par « Libération » du 12/13 mai 12) du choix, pour l’UMP, de savoir qui la représentera « dans l’opposition » après les législatives de juin 2012. Partant ainsi du principe qu’une période d’opposition s’ouvrira devant elle. Le même jour, l’ex-ministre Claude Guéant déclara être « opposé à une cohabitation », qui serait mauvaise du point de vue de la raison d’Etat. Il n’est pas certain, cependant, que ce choix apparent soit partagé par tous les cadres de l’UMP.

D’autres semblent plutôt mobilisés pour infliger une cohabitation au président Hollande, à l’instar de Guillaume Peltier, jeune dirigeant de l’UMP passé auparavant par… le FN, mais aussi le MPF de Philippe de Villiers. Celui-ci considère d’ailleurs que la campagne présidentielle passée – critiquée par une partie des dirigeants UMP tels que Jean-Pierre Raffarin ou l’ex-ministre Chantal Jouanno pour sa droitisation excessive – est loin d’être un échec : « Absolument pas. Il y a un an, jour pour jour, Nicolas Sarkozy était éliminé du second tour. Les sondages le créditaient de 18% à 19% des intentions de vote, derrière DSK, Hollande et Le Pen. Cette campagne lui a permis de passer de 22% début février à 27% le 22 avril. Et d’à peine 40% à 48,5% au second tour. » (Peltier, interviewé dans « Libération » du 11 mai 12.) Pour le jeune dirigeant montant de l’UMP – au meeting de Villepinte en mars dernier, c’était lui qui modérait et introduisait les intervenants -, la campagne imaginée par le très droitier conseiller de Sarkozy, Patrick Buisson, constitue ainsi plutôt un modèle pour l’avenir.

 

A l’heure  des élections législatives , au moment où viendra le casse tête des « triangulaires » gauche / UMP / FN,  la question du rapport au FN se posera de nouveau à l’UMP. Il est vrai qu’aujourd’hui, l’heure ne semble pas avoir sonné pour une alliance en bonne et due forme. Au lendemain du premier tour de l’élection présidentielle, un sondage avait indiqué que 64 % des électeurs de l’UMP seraient « favorables à une alliance avec le FN aux législatives ». Entre-temps, d’autres sondages ont été publiés, qui montrent que 51 % de l’électorat UMP y serait opposé (contre 46 %), au même titre que 62 % de la population française (contre 32 %).

Pour le moment, en attendant les recompositions éventuelles dans l’opposition ou les futurs développements  de la crise,  l’UMP et le FN adoptent d’ailleurs la stratégie de l’« union par la base » et  pas celle de l’« union au sommet ». Ainsi, chacun des deux partis est prêt à considérer que l’autre se trouve dans le même camp que lui, et de s’adresser à lui… mais pour gagner ses électeurs. Sans pour autant s’allier à l’appareil du parti d’ en face, sans accord entre les deux directions.

Telle est la ligne poursuivie actuellement par la direction de l’UMP (« ni front républicain contre le FN, ni alliance avec le FN ») depuis l’élection présidentielle. Nicolas Sarkozy avait d’ailleurs clarifié – trois jours après le premier tour - qu’il « n’y aura pas de ministres issus du FN ». Telle est aussi la ligne du FN lui-même, qui ne cherche pas à s’allier à l’UMP en tant que telle, dont la direction lepéniste cherche plutôt à provoquer « l’explosion » pour impulser un regroupement à droite. Marine Le Pen ayant d’ailleurs refusé de choisir au second tour entre Nicolas Sarkozy et François Hollande. Au 1er mai, elle indiqua ainsi que « personnellement » elle allait voter blanc, mais qu’elle laissait la liberté de choix à ses électeurs. (Dont 51 % ont fini par voter pour Nicolas Sarkozy au second tour, 15 % pour Hollande, 25 % à 35 % blanc ou nul, les autres s’abstenant.)

Pour le moment, le FN cherche plutôt à se construire davantage pour imposer plus fortement encore son poids à la droite. Pour ce faire, le parti d’extrême droite a d’ailleurs besoin de continuer sur la ligne d’une dénonciation verbalement forte des effets économiques et sociaux du libéralisme. Il aspire à apparaître comme la seule vraie opposition au nouveau gouvernement. Mais l’heure viendra où la question des alliances pourrait se poser en d’autres termes. Au soir du premier tour des Législatives de Juin prochain , bien des lignes pourraient bouger.

En attendant, la vigilance de tous les syndicalistes est plus nécessaire que jamais. Les reculs de la gauche et du mouvement social, les déceptions, les hésitations seront la force de cette droite dure et de l’extrême droite de demain.



18/05/2012

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