Vigilance Isère Antifasciste

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Autriche : l'extrême-droite néonazie à 30 % dans les sondages

Comment se porte l’extrême droite en Europe ? Elle va très bien, merci !
En Grèce, au Danemark, au Pays-Bas, en Hongrie,  mais aussi en Autriche où le FPÖ frôle les 30% d’intention de vote dans les sondages pour les législatives prévues pour l’automne 2013.

Les conservateurs n'excluent pas gouverner avec le parti d'extrême-droite à l'issue de ces élections.

Lassés de la crise et de la cure d’austérité imposée par le Parlement, une partie de l’Autriche adhère à une formation qui ne cache plus ses racines nazies.

 

Inutile de préciser que le FPÖ est très proche du Front National.

Ni de rappeler qu'en pleine campagne électorale française, Le Pen-fille est allée rencontrer le FPO et danser la valse avec ces néonazis, tandis que Le Pen-père glorifiait des antisémites et admirateurs de Pétain  à la tribune des meetings FN.

 

Une des affiches de campagne d'August Penz, candidat du FPÖ

 

Affiche FPÖ pour les élections municipales, en mars 2012 :

"L'amour de la patrie plutôt que des marocains voleurs"

voir Courrier International

 

LIBERATION , 2 avril 2012 :

Autriche : aux racines brunes de l’extrême droite

Le Parti autrichien de la liberté (FPÖ) pourrait gagner les élections législatives de 2013. Son programme : protectionnisme, islamophobie et abolition de la loi interdisant la reconstitution du parti nazi. Rencontre avec ses cadres.

Le chef du FPÖ, le parti autrichien d'extrême droite, Heinz-Christian Strache, lors d'un meeting à Graz le 18 juin 2011
Le chef du FPÖ, le parti autrichien d'extrême droite, Heinz-Christian Strache, lors d'un meeting à Graz le 18 juin 2011
Par BLAISE GAUQUELIN Correspondant à Vienne

Début de soirée orageuse sur la triste banlieue viennoise. Les militants et sympathisants du Parti autrichien de la liberté (FPÖ) ont quitté les nombreuses HLM du quartier de la Donaustadt, dans le XXIIe arrondissement, où ils résident, et se rendent à une réunion de section, organisée dans un hôtel modeste. Entre les échangeurs d’autoroute et les hypermarchés discount, l’extrême droite autrichienne réalise ici ses plus beaux scores, supérieurs à 30% des voix. Elle joue des coudes avec la gauche, qui conserve les clés de l’hôtel de ville depuis des décennies et dont les élus sont comparés à des oligarques repus. Ce soir-là, la bière pression et le Weiss Gespritzt, ce petit vin blanc sec coupé à l’eau gazeuse, sont offerts. Entre deux cigarettes, la petite assemblée d’une centaine de personnes, majoritairement masculine, croque des saucisses de Francfort, badigeonnées de moutarde et de copeaux de raifort frais.

Dans un coin, un petit monsieur cravaté, lunettes rondes d’intellectuel et crâne rasé, propose à la vente des ouvrages antiavortement et sur la Seconde Guerre mondiale. L’ambiance est chaleureuse. Günther Rozumilowski, conseiller municipal, discute de l’arrivée de familles turques dans les logements libérés par le décès d’«Autrichiens de souche». Il compare la situation de la banlieue de la capitale autrichienne à celle de Paris qu’il imagine perpétuellement en flammes. «Si la gauche reste au pouvoir à Vienne, dit-il, notre quartier verra lui aussi des émeutes ethniques.» Pour les prévenir, Sieglinde Miltner, une quinquagénaire énergique, propose d’imposer aux étrangers le port d’une carte spécifique où seraient inscrits leurs éventuels délits. Les immigrés délinquants seraient alors plus facilement «renvoyés d’où ils viennent». «Les Turcs nous traitent de nazis, s’indigne la militante, parce que c’est le seul mot qu’ils connaissent en allemand. Mais vu les scores du FPÖ, on ne peut pas dire que tout le quartier soit nazi !»

Le FPÖ est le parti qui monte, en Autriche, fort du soutien massif de la puissante classe ouvrière. Surfant sur la crise économique, il prospère sur l’effondrement d’une droite au pouvoir depuis 1987 et désormais engluée dans des affaires de corruption. Fondé par d’anciens nazis, il se définit comme «patriote et social» - ce qui n’est pas très loin de «national et socialiste» - et rêve de pouvoir se réclamer de ses origines en toute légalité : l’un de ses grands combats est l’abolition de la loi de 1947 qui prévoit une peine de vingt ans de prison pour quiconque reconstitue le parti nazi, propage son idéologie ou nie ses crimes, notamment l’Holocauste. Depuis six mois, tous les sondages le donnent au coude à coude avec les sociaux-démocrates. Aux prochaines élections législatives, à l’automne 2013, il a donc de grandes chances d’arriver en première position. L’Autriche rejoindrait alors la Hongrie voisine, dirigée par le nationaliste populiste Viktor Orbán, sur le banc des nations pointées du doigt par Bruxelles pour leur gouvernance autoritaire.

Duels initiatiques secrets

Le FPÖ avait pourtant été terrassé en 2005. Son chef charismatique, Jörg Haider, était parti en claquant la porte fonder une formation dissidente, le BZÖ (Alliance pour l’avenir de l’Autriche). Mais sa mort, en octobre 2008, au volant de sa voiture de sport, a permis à son successeur au FPÖ, Heinz-Christian Strache, d’attirer sur lui toute la lumière. Aujourd’hui, le BZÖ plafonne à 4% des intentions de vote tandis que les durs de durs, restés au FPÖ, renflouant les caisses de leurs propres deniers, se sont miraculeusement relevés. Heinz-Christian Strache, proche des néonazis dans sa jeunesse, se voit déjà chancelier. Prothésiste dentaire, il incarne sans sourciller la ligne du parti. En meeting, il dénonce l’islamisation de l’Europe en brandissant un crucifix. Dans un morceau mémorable diffusé sur YouTube, il chante en dansant la défense du sang viennois contre l’invasion musulmane. Il signe des autographes sur la poitrine et les biceps de jeunes Autrichiens dans les boîtes de nuit, valse avec des néonazis et Marine Le Pen au bal annuel de son parti, et réhabilite la mémoire des perdants de 1945. Bref, il fait le job tel que le conçoivent les cadres du FPÖ, issus des meilleures familles du pays et nettement moins à l’aise que lui avec les milieux populaires.

L’un d’entre eux, le député européen Andreas Mölzer, passe son temps au siège du journal Zur Zeit, affilié au FPÖ, qu’il dirige dans le quartier de la Landstrasse où défilent encore des calèches transportant des touristes avides de belle époque. Chevalière en or, fleurant l’eau de Cologne, Andreas Mölzer n’est pas un bretteur de tribunes. Une cicatrice impressionnante lui barre le profil droit, souvenir d’un jour heureux de sa jeunesse : le duel à l’épée où, marqué dans sa chair par ses pairs, il fut adoubé par les cercles universitaires de «l’Autriche ultra», les Burschenschaften. «Je suis membre honorifique de Corps Vandalia, admet l’eurodéputé. Nous faisons des duels.» Corps Vandalia est une corporation estudiantine dite schlagende, «frappante». D’extrême droite, elle pratique encore, comme une soixantaine d’autres, le duel initiatique clandestin à l’épée, sans protection du visage. On estime que 4 000 hommes, recrutés dans la haute société, restent à vie dans les réseaux secrets de ces structures ultraconservatrices, et très influentes. Dès la fin des années 90, un rapport du ministère autrichien de l’Intérieur alertait l’opinion sur ces clubs très privés aux noms épiques (Olympia, Brixia…) qui veulent «faire accepter d’une certaine façon, par des chemins détournés, l’idéologie national-socialiste». Au sein du FPÖ, leurs membres trustent toujours les postes à responsabilité.

Mythologie germanique

Dans les locaux de Zur Zeit, la pensée maison se lit sur les murs. Une carte postale anonyme de lecteur antisémite, tapée à la machine, attaque Ariel Muzicant, le président de la communauté juive autrichienne, ainsi que les «juifs nomades»,«complices du massacre des enfants de Palestine». Il y a aussi un grand portrait de Ioulia Timochenko, éphémère Premier ministre de l’Ukraine, aujourd’hui en prison, connue pour sa natte en couronne qui colle si bien à l’imagerie de la mythologie germanique. «Je l’ai accrochée pour une raison purement raciste, ironise Andreas Mölzer. C’est un beau brin de blonde, non ?» Une carte de l’époque du Saint Empire romain germanique englobant la Slovénie au sud vient rappeler que les voisins slaves de l’Autriche n’ont pas toujours eu le privilège de l’indépendance. Une toile, peinte à l’huile au XVIIIe siècle, croque différentes caricatures des peuples européens. Le Français est un colérique ne vivant que pour la guerre ; l’Allemand, une âme valeureuse et spirituelle, jouissant de bonnes dispositions physiques. «C’est drôle quand on regarde tous ces clichés de voir qu’ils ne sont pas faux aujourd’hui encore», commente l’élu. Le FPÖ, avocat infatigable d’un Tyrol unifié, a réintroduit dans son programme en 2011 l’idée que l’Autriche et les minorités germanophones de l’ancienne monarchie font un avec la culture et le peuple allemands : une allusion claire au concept nazi de Volksgemeinschaft («communauté du peuple»). Pour le FPÖ, les Autrichiens sont des Allemands. «Quoi d’autre ?» feint de s’étonner Andreas Mölzer, regrettant qu’il y ait toujours «moins d’Allemands en Autriche, à cause de l’immigration des Turcs qui, même lorsqu’ils sont citoyens autrichiens, ne sont naturellement pas des Allemands».

Ariel Muzicant a été le contradicteur attitré du FPÖ jusqu’en février, quand il a passé le relais de la présidence de la communauté juive. Il rit de se savoir épinglé sur les murs de Zur Zeit. «Vous voyez, là-bas, quand on reçoit un courrier antisémite, on l’affiche dans la rédaction !» Né en Israël, il est l’un des rares à ne pas observer les précautions verbales habituelles pour qualifier les dirigeants actuels du FPÖ et leurs liens avec les néonazis : «A Olympia, à Allemania, dans toutes ces Burschenschaften, ils se réunissent et chantent des chansons nazies. Ils rêvent d’un réveil du monde allemand. Il y a des connexions entre le néonazisme et l’extrême droite autrichienne. Andreas Mölzer fait partie de ces réseaux.» En 2007, le FPÖ a invité officiellement à Strasbourg le NPD, le parti néonazi allemand, affichant ainsi sa proximité avec une idéologie prohibée. «D’où l’expression Kellernazis, qu’on pourrait traduire par nazis des caves», explique Ariel Muzicant. «Cela veut dire qu’ils ne sont pas ouvertement nazis car ils auraient des problèmes avec la loi. Ils sont nazis dans leurs sous-sols, dans les Burschenschaften. Au grand jour, ce sont bien évidemment de grands démocrates !»

Militants de génération en génération

Au FPÖ, on est souvent militant de génération en génération. Le fils occupe le fauteuil laissé vacant par le père et lui succède aussi dans sa corporation, relève Heribert Schiedel, du Centre d’archives et de documentation sur la résistance (DÖW). Chercheur au sein de cet organisme autrichien chargé de surveiller les mouvances d’extrême droite, il note que Jörg Haider n’avait osé prendre ses distances avec les nostalgiques qu’après le décès de son père, fervent nazi. Aujourd’hui encore, Haïder est considéré par le FPÖ comme un traître ayant renié ses idéaux. Lors d’une conférence de presse qu’il avait organisée en 2005 pour créer son nouveau parti, le BZÖ, il avait expliqué, évoquant le FPÖ, qu’il voulait se «libérer de ce marécage brun». «Même Haider avait donc avoué la véritable identité de son parti ! s’exclame Heribert Schiedel. Il fallait que son père meure pour qu’il s’émancipe du national-socialisme. C’est assez classique. Des milliers d’Autrichiens tiennent les espérances de leurs parents et les transmettent à leur tour à la nouvelle génération.» Mais dans un pays où 68% de la population pense que l’islam n’a rien à faire dans l’Europe du XXIe siècle, le FPÖ a su élargir sa base bien au-delà des nostalgiques en promettant protections économique et sociale. De nombreux jeunes, parfois issus de l’immigration, sont séduits par ce discours rassurant. Aux dernières législatives, en 2008, un jeune sur deux avait voté pour l’extrême droite. «Chez les moins de 40 ans, nous sommes de loin le premier parti, se félicite Andreas Mölzer. Eh oui, l’avenir est ici. C’est bête, hein ?»

 



12/04/2012

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