Vigilance Isère Antifasciste

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"Le choc des deux France" , dans The Independent

Le choc des deux France

D’un côté les breakdancers issus des banlieues, de l’autre les anciens combattants… Et sans doute, d’ici à 2012, un Sarkozy qui courtisera les seconds en stigmatisant les premiers…


28.04.2011 | John Lichfield | The Independent

 

Pour me rendre du bureau à la maison à pied, je dois passer par les Champs-Elysées et emprunter le tunnel qui passe sous l’arc de triomphe de l’Etoile. Presque tous les soirs, je tombe sur deux formes de théâtre de rue qui symbolisent les univers parallèles et non communicants de la France du XXIe siècle. L’autre soir, ces deux univers sont entrés en collision. Théâtre de rue, scène première. A cette période-là de l’année, une cérémonie en l’honneur des anciens combattants a lieu chaque soir à côté de la tombe du Soldat inconnu. Des dizaines de vétérans, accompagnés de leurs épouses, arrivent en bus à Paris pour brandir leur drapeau en écoutant La Marseillaise. Théâtre de rue, scène 2. Presque tous les jours, à cet endroit précis, une demi-douzaine de jeunes hommes issus des “banlieues terribles” de la capitale font une démonstration à vous couper le souffle d’acrobaties hip-hop et de breakdance. Chaque soir, des Chinois, des Japonais, des Américains, des Russes, des Brésiliens, des Européens se rassemblent autour d’eux pour les applaudir.

L’autre soir, la foule internationale de danseurs, de touristes, de mendiants et de vendeurs ambulants était si dense qu’elle englobait les anciens combattants vêtus d’un blazer noir ou vert. Les vétérans et leurs épouses regardaient autour d’eux, perplexes ou indignés. Pour la plupart, il s’agissait d’hommes âgés de 70 ou 80 ans qui avaient combattu dans les guerres de décolonisation. Ils étaient venus à Paris pour afficher leur patriotisme et leur fierté d’être français. Et c’était pourtant eux, les anciens combattants des provinces de France, plus que les breakdancers, les touristes ou les vendeurs ambulants, qui se sentaient comme des extraterrestres au beau milieu de la capitale.

L’effondrement du parti de centre droit de Sarkozy et la popularité de Marine Le Pen dans les sondages laissent présager l’avènement d’une nouvelle ère d’instabilité dans la vie politique française. Certains pans du gouvernement et de l’UMP commencent déjà à tenir des propos semblables à ceux de Mme Le Pen. Le ministre de l’Intérieur Claude Guéant – un homme intransigeant et lugubre – a déclaré le mois dernier : “Les Français, à force d’immigration incontrôlée, ont parfois le sentiment de ne plus être chez eux.” Il a par ailleurs déjà dit que les Français n’étaient “pas xénophobes. Ils veulent que la France reste la France.”

Soit. Mais dites-nous, M. Guéant, qu’entendez-vous exactement par “France” ? Les talentueux breakdancers des Champs-Elysées – arabes, africains et blancs, tout comme les joueurs de l’équipe nationale de football – font autant partie de la France du XXIe siècle que les anciens combattants de tous les coins de l’Hexagone. La campagne présidentielle s’annonce désagréable. Le débat risque de se focaliser sur deux versions de l’identité nationale : la version “simple”, tournée vers le passé, et la version “complexe”, tournée vers l’avenir. Et, puisque la simplicité est plus facile à vendre, Sarkozy risque de chercher à en disputer la propriété au Front national.

 

Merci et bravo à Tropical Boy,

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14/01/2012

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