Vigilance Isère Antifasciste

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Les contributions économiques de l’immigration en France. Document CGT

Extrait du document de la CCEES-CGT, mai 2011  :  "Pourquoi il faut combattre l'extrême-droite"


VOIR LA PREMIERE PARTIE : Le programme du FN est contre les travailleurs

 

 

DEUXIEME PARTIE
L’apport de l’immigration pour la France est aussi positif en termes économique et financier


L’apport de l’immigration est multiple : démographique, culturel, économique…
Il est absolument erroné d’avoir une approche comptable pour apprécier l’apport de l’immigration, surtout du point de vue économique et financier. Toutefois, dans la mesure où le discours de l’extrême droite est particulièrement focalisé sur le prétendu « coût de l’immigration » pour l’économie française, il n’est pas inutile de démystifier ce discours et de mettre à nu son caractère cynique et démagogique.
Une étude réalisée pour la Drees fournit des éléments éclairants sur cette question (8)


La France compte parmi les pays européens où l’immigration est la plus faible
Dans les années 1920, la moyenne annuelle des entrées en France était de l’ordre de 300 000 immigrés (personnes étrangères nées hors de France). Ils étaient 200 000 personnes l’an dernier, dont 50 000 européens.
A partir de 1974, les flux migratoires ont été régulés. Depuis une vingtaine d’années, les arrivées d’étrangers non communautaires varient autour de 150 000 à 200 000 personnes par an.
Par ailleurs, 100 000 individus quittent chaque année la France (immigrés rentrant chez eux ou Français partis s’installer à l’étranger).
Le solde migratoire est donc de l’ordre de 100 000 personnes par an, autant d’individus à accueillir.
En comparaison, la Norvège, l’Italie ou l’Espagne ont une proportion d’immigrés plus de deux fois supérieure à la nôtre (9) .

Sur les 100 000 personnes qui migrent « légalement » sur le territoire français :
- près de 50 000 personnes entrent sur le territoire grâce au regroupement familial ;
- entre 10 000 et 15 000 personnes sont des étudiants ;
- un peu plus de 20 000 personnes constituent chaque année ce que l’on appelle « l’immigration légale du travail » ;
- le reste, ce sont essentiellement des demandeurs d’asile.
Comme le souligne un chercheur de l’université de Lille, « « l’immigration légale du travail » est donc très marginale aujourd’hui en France. » (10)


Un apport indispensable pour l’économie française
L’immigration a été, et demeure, un élément important du fonctionnement des économies modernes, y compris en France.
En France, la recherche de la main-d’oeuvre immigrée pour relever les défis de la reconstruction de l’après Seconde guerre mondiale et du rattrapage économique a conduit à organiser des mouvements de main-d’oeuvre en provenance notamment des pays africains.
Cette organisation systématique de la présence des travailleurs immigrés a donné une configuration spécifique à leur présence sur le « marché du travail ».
La présence des travailleurs immigrés a particulièrement permis de « libérer » la main-d’oeuvre autochtone des fonctions considérées le plus souvent comme étant « sans importance », « insuffisamment nobles » (11)

Cette « division des tâches » s’est opérée dans un premier temps dans les sphères industrielle et agricole. Puis, avec le recul de l’industrie, les tâches confiées aux travailleurs immigrés ont augmenté dans divers domaines de services.
Ces évolutions ont eu plusieurs conséquences : un taux de chômage et de précarité plus élevé parmi les travailleurs immigrés, un abaissement de leur niveau de vie, etc.
Comme le souligne le président du Haut conseil à l’intégration, « un immigré sur cinq vit en zone urbaine sensible, où le taux de pauvreté est près de trois fois plus élevé que sur l’ensemble du territoire. » (12)


Une structure d’immigration stable sur le long terme
La France se caractérise par une structure d’immigration très stable dans le temps, accueillant depuis plus de 20 ans majoritairement des populations originaires d’Afrique du Nord (Maghreb et Turquie) et d’Afrique sub-saharienne.
Cette immigration se caractérise par une présence relativement plus importante de la main-d’oeuvre réputée peu qualifiée : 40 à 50 % des personnes nées à l’étranger et exerçant une activité en France ont un niveau d’éducation n’excédant pas le collège, ce qui n’est le cas que pour 20 % des autochtones. (13)


Les travailleurs immigrés ne « chassent » pas les travailleurs français
Ces données invalident totalement le discours démagogique de l’extrême droite selon lequel les immigrés prennent la place des autochtones, selon lequel pour réduire, voire résorber, le chômage, il suffirait de renvoyer les immigrés chez eux.
Comme le souligne un chercheur de l’Institut national d’études démographiques (Ined), « c’est une illusion de mettre face à face le nombre d’immigrés et le nombre de chômeurs en pensant qu’ils sont substituables (…). Il y a des effets rémunérations, des effets compétences et de spécialisation dont il faut tenir compte. » (14)
En effet, ces emplois sont souvent plus pénibles que la moyenne, moins bien payés et plus précaires. Faire baisser le nombre d’immigrés pourrait même avoir des effets néfastes selon ce chercheur : " C’est une politique malthusianiste qui comporte de vrais risques, soit d’augmenter encore certaines tensions sur le marché de l’emploi, soit de voir croître le travail au noir, et donc l’immigration illégale."
Cette problématique devrait guider la réflexion et le débat, entre autres, sur la rémunération de la force de travail, les salaires minima et maxima, la rémunération des dirigeants, etc.

Il y a complémentarité entre le travail des autochtones et celui des immigrés
Cette complémentarité correspond en fait à la stratégie du capital qui cherche à maximiser sa rentabilité financière par tous les moyens.
Sans la demande du patronat, il n’y aurait pas de travail dit « immigré ». Le travail dit « clandestin » (dont le champ ne recoupe absolument pas le travail immigré) obéit aussi à la même logique. Il existe parce qu’il y a une demande pour exploiter ce genre de travail.
Cela explique le recours permanent du patronat au travail immigré dans pratiquement tous les domaines, qu’il s’agisse du travail qualifié ou non. Cela explique aussi la présence des travailleurs dits « sans papiers » qui ont un emploi, qui cotisent à la Sécurité sociale, mais qui sont privés des droits élémentaires. (15)


La situation des travailleurs immigrés est plus vulnérable
Une étude réalisée au milieu des années 1990 montrait que parmi les immigrés qui occupaient un emploi d’ouvrier vingt-cinq ans auparavant, près des trois quarts d’entre eux occupaient toujours ce même type d’emploi, et un tiers étaient non qualifiés. Les « Français d’origine » dans la même situation initiale n’étaient plus qu’un tiers environ à occuper un poste d’ouvrier. Par ailleurs, la part des « Français d’origine » qui occupaient 25 ans plus tard un emploi non qualifié était quatre fois plus faible que pour les immigrés. (16)
A cette moindre promotion professionnelle des immigrés s’ajoute leur plus grande vulnérabilité aux restructurations industrielles. En effet, « les immigrés ont joué un rôle d’amortisseur pour l’ensemble du marché du travail, ce qui a permis aux Français d’origine de se maintenir dans une position relativement plus favorable. » (17)
Les immigrés sont beaucoup plus souvent positionnés sur un emploi précaire que les Français d’origine. (18)
A métiers et secteurs d’activité comparables, ils connaissent des conditions de travail dégradées et se déclarent davantage que les « Français d’origine » exposés à des « postures pénibles et fatigantes », à un travail monotone, peu formateur et qui ne leur laisse qu’une faible autonomie. 19


Les immigrés africains sont plus touchés par le chômage
13 % des immigrés sont au chômage, un taux près de deux fois supérieur à celui des « Français d’origine » (chiffre 2008).

Les immigrés originaires d’Afrique (Maghreb et Afrique subsaharienne) enregistrent un risque de chômage nettement supérieur (17 %) aux « Français d’origine ».
S’agissant des immigrés d’origine européenne, ce risque est légèrement supérieur à celui des « Français d’origine ». (20)

Le poids des immigrés dans les dépenses de protection sociale reste faible
La configuration spécifique de la présence des travailleurs immigrés sur le marché du travail conditionne aussi leur situation du point de vue de la protection sociale.
Les immigrés non européens sont proportionnellement peu représentés parmi les personnes âgées de plus de 60 ans, qui sont les premiers bénéficiaires des prestations de la Sécurité sociale en termes de dépenses de maladie et de retraite. De ce fait, le poids de ces immigrés dans les dépenses de protection sociale de la France reste faible, et ce malgré un taux de chômage plus élevé.

 

Une contribution nette de 12 milliards d’euros aux budgets publics et sociaux
Le débat sur le « coût de l’immigration » porte essentiellement sur l’existence des mécanismes de protection sociale. Ces mécanismes permettent à chaque travailleur et à sa famille de recevoir des prestations financées par un apport collectif des travailleurs.
Il est absolument fondamental d’insister sur cet apport collectif, car il remet d’emblée en cause l’approche ségrégationniste de l’extrême droite. Les travailleurs sont intégrés dans un même système de production, il est donc légitime et normal qu’ils bénéficient tous des mêmes droits, des mêmes protections.
La France compte 5 millions d’immigrés, soit 8 % de la population du pays. L’Etat et le système de protection sociale dépense près de 48 milliards d’euros par an pour les étrangers vivant en France, à travers les allocations familiales, les prestations de santé, les aides au logement ou les allocations chômage.
En comparaison, les dépenses de la Sécurité sociale s’élèvent à plus de 800 milliards d’euros.

En revanche, les immigrés reversent 60 milliards d’euros aux caisses de l’Etat et de la Sécurité sociale sous formes d’impôts, de taxes et de cotisations sociales.
D’un point de vue purement comptable, c’est-à-dire en mettant les dépenses et les recettes côte à côte, on constate que le solde de la présence des immigrés vivant en France est donc positif de quelque 12 milliards d’euros.
Ce constat établi au niveau de l’ensemble de l’économie se confirme également au niveau moyen pour chaque immigré. Plus précisément, en tenant compte de toutes les tranches d’âge, on constate que chaque immigré apporte en moyenne relativement plus à l’Etat et à la Sécurité sociale qu’il ne reçoit.
En moyenne, la contribution nette de chaque immigré au budget de l’Etat et de la Sécurité sociale, c’est-à-dire la différence entre ce qu’on verse (cotisations sociales, impôts, etc.) et ce qu’on reçoit du système (diverses allocations et bénéfices) est de l’ordre de 1 500 euros.
Comme le souligne un chercheur de l’université de Lille, « nous sommes très loin du cliché de l’étranger venu en France profiter des avantages de l’Etat providence. Il s’agit souvent d’une population jeune, en bonne santé, dont l’objectif est d’entrer très rapidement sur le marché du travail. » (21)


Les immigrés tirent peu de bénéfices des principaux postes de dépenses sociales
Les prestations sociales sont regroupées en quatre grandes catégories :
- Allocations liées au fonctionnement du marché du travail : allocations chômage, congés maladie, éventuellement allocations liées à l’insuffisance des revenus du travail (RMI, RSA…) ;
- Allocations familiales et aide au logement ;
- Soins de santé ;
-  Retraite.
Dans ces dépenses, celles liées à la santé et à la retraite ont un poids beaucoup plus important. Les dépenses liées à la maladie représentent 47 % des dépenses de la Sécurité sociale, celles de la retraite 31 %. Ces deux postes représentent donc 78 % des dépenses totales. (22)
En termes de bénéfices tirés de ce système, globalement, les différences entre les individus nés en France et les immigrés européens sont faibles.
A l’inverse, les populations immigrées africaines profitent moins des allocations liées à la retraite et à la santé. En revanche, elles bénéficient relativement plus d’autres allocations.
Ces données mettent en évidence le cynisme et la démagogie du discours de l’extrême droite. En effet, l’extrême droite et particulièrement le FN font trop de bruit autour des dépenses dont le poids dans le total des dépenses est faible.
S’agissant des aides attribuées à la famille, la présence relativement plus importante des travailleurs immigrés parmi les bénéficiaires s’explique par les différences dans la taille des ménages : les familles immigrées ont en moyenne davantage d’enfants que les populations autochtones. Il faut néanmoins préciser que l’écart tend à se réduire dans le temps du fait de l’adoption progressive des modes de vie et des comportements sociaux du pays d’accueil. Cette réalité met aussi en évidence la nocivité des clichés propagés par l’extrême droite.
En ce qui concerne les aides et allocations liées au « fonctionnement du marché du travail » (allocations chômage notamment), la situation moins favorable et plus vulnérable des travailleurs immigrés se traduit par un nombre relativement plus important de bénéficiaires parmi les immigrés.
Par rapport aux autochtones, les immigrés issus du Maghreb et ceux issus du reste de l’Afrique sont respectivement :
- 1,6 et 1,7 fois plus nombreux à recevoir des allocations chômage ;
- 3,8 et 3,9 fois plus représentés parmi les bénéficiaires du RSA,
- 2,5 fois plus bénéficiaires des aides au logement.

Ces données s’expliquent, comme cela a été évoqué plus haut, par les spécificités des emplois confiés aux travailleurs immigrés. Généralement, ils occupent des emplois relativement moins qualifiés, moins protégés et moins bien rémunérés.
En effet, à caractéristiques égales (âge, genre, niveau d’éducation, nombre d’enfants, région de résidence, etc.), les immigrés non européens sont davantage confrontés à un risque de devoir recourir à ces dispositifs de protection sociale :
- 1,7 fois plus, en moyenne, pour les allocations chômage ;
- 3,6 fois plus, pour le RSA ;

- respectivement 3 fois plus et 1,8 fois plus selon qu’ils sont nés dans un pays du Maghreb ou un autre pays africain, pour les allocations de logement.


Une contribution positive à long terme
A long terme aussi, compte tenu de l’apport perpétuel d’individus en âge d’activité et de la prise en compte de la contribution nette des « descendants » de ces immigrés, l’impact global de l’immigration sur les comptes publics et sociaux est légèrement positif.
Comme le souligne l’un des rédacteurs de l’étude déjà citée de la Drees : « l’immigration réduit le fardeau fiscal du vieillissement démographique, (…) et sans cet apport, dans l’hypothèse d’une immigration zéro, le besoin de financement de la protection sociale à l’horizon du siècle passerait de 3 % à environ 5 % du PIB. » (23)


Conclusion
Le discours de l’extrême droite sur la défense des intérêts des travailleurs, tout comme sur le « coût de l’immigration » est totalement infondé.
Expliquer des réalités incontestables aux salariés et aux citoyens permettrait de dévoiler le cynisme de ce discours et de défendre la démocratie et les intérêts du monde du travail.

 

Notes

8 X. Chojnicki, C. Defoort, C. Drapier, L. Ragot, Migrations et protection sociale : étude sur les liens et les impacts de court et long terme, Rapport pour la Drees‐Mire, Juillet 2010.
9 Cf. M. Bellan, « La proportion d’immigrés augmente‐t‐elle sur le territoire français ? », Les Echos, 26 avril 2011.  CCEES‐Cgt, Note économique, n° 132, mai‐juin 2011

10 X. Chojnicki, économiste à l’université de Lille, Réforme, 5 mai 2011.
11 Cette dévalorisation du statut social de certaines tâches est inadmissible et en contradiction avec l’approche solidaire qui est indispensable pour la cohérence de la vie de la cité.
Toute activité, dès lors qu’elle a une utilité sociale affirmée et acceptée par la société, a une valeur sociale incontestable.

12 Patrick Gaubert, président du Haut Conseil à l’intégration, cité par Les Echos, 24 avril 2011.
13 X. Chojnicki et alii, op. cit.

14 Patrick Simon, cité dans Les Echos, 24 avril 2011.
15 Voir « La lutte des travailleurs ‘sans papiers’ : quels enseignement pour le mouvement syndical ? », Analyses et documents économiques, n° 110, décembre 2008.

16 Cf. J.‐L Dayan., A. Echardour et M. Glaude., 1997, « Le parcours professionnel des immigrés en France : une analyse longitudinale », Économie et Statistiques, n° 299, cité par Didier Gelot et Claude Minni, « Présence des personnes d’origine étrangère dans les minima sociaux et retour à l’emploi », Politiques sociales et familiales, n° 95, mars 2009.
17 Cf. C. Borrel, « Immigration, emploi et chômage », Dossier du Cerc‐Association, n° 3, 1999, cité par Didier Gelot et Claude Minni, op. cit.
18 Cf. D. Meurs, A. Pailhé, P. Simon, « Mobilité intergénérationnelle et persistance des inégalités », Ined, Document de travail, n° 103, cité par Didier Gelot et Claude Minni, ibid.
19 CF. T. Coutrot, D. Waltsperger, « Les conditions de travail des salariés immigrés en 2005 », Dares, Premières synthèses, n° 09.2, cité par Didier Gelot et Claude Minni, ibid.  CCEES‐Cgt, Note économique, n° 132, mai‐juin 2011 11

20 Didier Gelot et Claude Minni, op. cit. Les dépenses publiques et sociales (Etat et Sécurité sociale) destinées aux immigrés vivant en France représentent donc moins de 6 % des dépenses de la Sécurité sociale.

21 X. Chojnicki, op. cit.

22 Source : Accos, Les chiffres clé de la Sécurité sociale pour 2009.

23 Lionel Ragot, cité dans Les Echos, 24 avril 2011



30/12/2011

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