Vigilance Isère Antifasciste

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Pierre Fugain, un grand et inlassable résistant grenoblois.

Article publié par France Soir,   le 19 juillet 2009, sous le titre :

Pierre Fugain, la fin des combats

Un grand nom de la Résistance s’est éteint samedi en début de soirée. Pierre Fugain, figure emblématique de la région grenobloise et père du chanteur Michel Fugain, est mort à 89 ans des suites d’un accident vasculaire cérébral. Un hommage public sera organisé dans la semaine pour saluer cet homme de caractère et de convictions.


De l’endiguement de l’extrême droite à la Résistance Française, du soutien à l’Algérie au droit à l’avortement, Pierre Fugain aura été de tous les combats. Combats des armes, des urnes ou des idées, le docteur de Grenoble aura fait de la lutte pour ses convictions une ligne directrice de vie. Originaire de La Rochette, en Savoie, Pierre Fugain connaît une jeunesse militante, faisant acte de sa crainte concernant la montée du fascisme.

Mobilisé en 1940, il est fait prisonnier mais parvient à s’évader. Une liberté éphémère, comme le souligne Gil Emprin, enseignant historien rattaché au Musée de la Résistance et de la Déportation de l’Isère. « Fin 1940, début 1941, il est de nouveau emprisonné pour propagande communiste. Il distribuait de tracts à l’encontre de Vichy. » Un an de cellule. « La suite est plus floue, reprend Gil Emprin. Il est devenu agent de renseignement dans la Résistance, évoluant dans un milieu des plus secrets. » Au gré des aléas du conflit, Pierre Fugain prend du galon et devient chef adjoint du réseau Reims-Coty, des Forces françaises combattantes.

 

Un éternel militant

La guerre s’efface mais, en 1946, celle d’Indochine fait son entrée. Le chef de l’ombre, lui, décline l’invitation. Adieu l’armée, Pierre Fugain a choisi une autre voie de soutien : à Voreppe puis à Grenoble, il devient médecin. « Il n’était pas là pour être un ancien combattant mais bel et bien un combattant », note l’enseignant grenoblois. Durant la guerre d’Algérie, il soigne et abrite des militants du FLN algérien. « Un travail pour l’indépendance, qui, pour Pierre, était naturel. » Parmi les patients interdits qui passèrent sous sa protection figure Mohamed Bedjaoui, devenu ministre des Affaires étrangères de la République algérienne.

Le docteur Fugain agit donc selon ses convictions, sans retenue. Médecin d’un quartier populaire, il ne cache pas son combat pour la contraception et le droit à l’avortement. « S’il faisait des choix, il les assumait jusqu’au bout, explique Gil Emprin. C’était un homme dont l’engagement était quotidien. »

Fondateur de l’Association nationale des anciens combattants de la Résistance de l’Isère, dont il restera à la tête durant presque quarante ans, Pierre Fugain approche aussi la politique. « Il n’agissait pas en tant qu’élu. Mais sa présence sur les listes de Michel Destot (actuel maire de Grenoble), était une véritable caution. »

 

Ses participations aux manifestations organisées contre le Front national, en 1998 puis 2002, attestent au final de son engagement militant permanent. Une aura indéniable que le docteur mettra au service de témoignages pour la jeunesse. « Il avait un très fort impact, juge l’enseignant. Un vrai personnage, chaud, haut en couleurs. » Loin d’être « un robinet d’eau tiède », Pierre Fugain, rapporte Gil Emprin, voulait transmettre à ces prochaines générations une idée qui le fit avancer durant quatre vingt-neuf ans. « Ne jamais se laisser bouffer sa liberté ! »

 

Par Jean Bouclier



23/12/2011

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