Vigilance Isère Antifasciste

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Souvenir de la Déportation à Voiron : "il faut barrer la route à l'extrême droite, sous toutes ses formes"

Le 29 avril 2012 se déroulaient la journée et les commémorations annuelles du Souvenir de la Déportation.

A Voiron, le Président du comité local de la FNDIRP (Fédération Nationale des Déportés- Internés, Résistants, Patriotes) , Jean-François PIETKA, a prononcé un discours courageux lors  de la cérémonie (à laquelle Ras L' Front participait).  Des propos sans langue de bois.

Cela a provoqué quelques remous dans une partie de l'assistance : chez les nostalgiques de l'Algérie française et  soutiens de l'OAS.

Merci et bravo à JF Pietka.

 

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Monsieur le Maire de Voiron,

Madame la conseillère régionale,

Monsieur le conseiller général du canton,

Mesdames Messieurs les élus

Mesdames Messieurs les présidents d’associations du monde combattant

Mesdames, Messieurs en vos fonctions et qualités,

Chers amis

 

Chaque année, le dernier dimanche d’avril, nous nous retrouvons ici pour nous souvenir des souffrances endurées dans les camps de concentration nazis.

Chaque année, nous nous retrouvons ici pour rendre hommage aux victimes :

Résistants, fusillés, morts dans les prisons françaises ou dans les camps de concentration ;

familles entières déportées et assassinées dans les camps d’extermination, pour le seul fait d’être juives, ou tsiganes, souvent livrées à Hitler par le régime de Pétain.

 

Je voudrais rendre un hommage particulier, ce 29 avril 2012, à ceux qui nous ont quitté depuis avril dernier.

Décédé au début de ce mois, Germain Moriceau,

originaire de la région d’Angers, il entra rapidement dans la Résistance, il fut arrêté en août 1943 à Saint Jean de Luz en tentant sans doute de gagner les forces françaises libres par l’Espagne, il passa 18 mois, mais surtout 2 hivers au camp de Buchenwald où il fut libéré le 11 avril 1945. Tant qu’il eut suffisamment de santé il milita activement avec ses anciens camarades de souffrance pour la préservation de la mémoire ; c’était un de nos derniers survivant voironnais.

 

Maurice Hugelé, Grenoblois, déporté suite à la manifestation patriotique du 11 novembre 1943, il fut durant son passage à Voiron, président de notre section, installé depuis à Saint-Égrève, je le rencontrai souvent et toujours il demandai des nouvelles de ses amis de Voiron.

 

Enfin comment ne pas évoquer la disparition, si récente, de cette grande figure de la Résistance qu’était Raymond Aubrac, comment ne pas évoquer l’engagement de cet homme qui jusqu’aux derniers mois de sa vie continuait encore à se battre, toujours fidèle aux idées généreuses et républicaines de sa jeunesse. Je voudrais bien sûr associer à cet hommage son épouse Lucie décédée il y a quelques années.

 

Chaque année j’ai décidé de profiter de ce moment privilégié, à l’occasion de cette Journée nationale du souvenir des victimes et des héros de la déportation, pour m’adresser à vous, rassemblés en ce lieu, évoquer quelques problèmes d’actualité, et tirer des leçons de ce passé, de ces moments tragiques de l’histoire de notre pays.

Cette année 2012, le calendrier plaçant notre cérémonie entre les deux tours des élections présidentielles, j’espérais pouvoir dire que nous en aurions fini avec cette menace qui pèse si lourdement depuis des années sur la vie politique de notre pays : à savoir une extrême droite forte réalisant des scores électoraux à 2 chiffres….

Malheureusement, vous connaissez comme moi les résultats, à l’inverse c’est à une progression de Mme le Pen que nous avons assisté.

 

Grande, lourde est la responsabilité de ceux qui ont voulu ou qui ont cru pouvoir jouer impunément avec la renaissance de l’extrême droite dans notre pays alors qu’elle était si discréditée, si mise au ban de la société après l’épisode de Vichy et de la collaboration.

 

Lourde responsabilité, quelles qu’en soient les motivations !

Surenchérir sur les thèmes favoris chers à la famille Le Pen tels ceux de l’immigration, de la sécurité alors que les préoccupations majeures de nos compatriotes sont essentiellement liés à l’angoisse devant l’avenir de leurs enfants : le chômage, la précarité,

N’est ce pas jouer à l’apprenti sorcier ?

 

Certes les manœuvres politiciennes ne font pas tout

N’oublions pas, tout de même, dans la résurgence de l’extrême droite les attentats contre le Général De Gaulle et la candidature de Tixier-Vignancourt aux élections présidentielles de 1965, mais il est vrai qu’il ne fit que 5,20 %

On peut penser aussi qu’il existe une frange, peu importante, de nostalgiques pour des raisons idéologique de Pétain, des Croix de feu ou des camelots du roi.

N’oublions pas surtout que dans les situations de crise sociale, la désespérance devant le chômage et les difficultés de la vie quotidienne, l’absence de perspectives claires font que dans certains milieux, les moins formés socialement et politiquement, on s’oriente vers les fausses solutions… Je ne vais pas rappeler chaque année comment Hitler est venu au pouvoir par les urnes, en Allemagne, en 1933 !

 

Pardonnez-moi,  mais je suis un peu plus chatouilleux sur un des thèmes de cette campagne électorale finissante, voire des dernières années, celui de l’identité nationale.

Vous regarderez les noms inscrits sur ce monument !

Comme si on s’était soucié, à cette époque, de la nationalité ou des origines de Giraudi ou de Billotti, du polonais Pietka ou de son camarade ukrainien Woloschinovski déporté avec lui à Dachau,  de même pour celles d’Edgard Kofler ou de Raymond Samuel qui était le véritable nom de Raymond Aubrac.

Comme si on avait demandé leur nationalité, et même leur avis, à Mamadou de Dakar ou à Mohamed de Casablanca avant de les envoyer se faire tuer à Verdun à l’été 1916 ou sur les pentes du Monte Cassino en 1944.

 

Moi qui ai été élevé dans le respect des autres, dans le rejet de tout ce qui pouvait rappeler les mauvais choix et les trahisons de 39/40 je ne peux que m’indigner devant la débauche d’énergie visant à la récupération des voix de Mme Le Pen.

Cela ne veut pas dire que ce sont les électeurs, ceux qui se sont, comme on dit, « trompé de colère », qui sont à rejeter, mais bien l’idéologie, l’appareil de ce parti dans son entier.

Il ne s’agit pas d’une inquiétude électorale passagère, il ne s’agit pas pour nous de lancer quelque phrase assassine utilisant la mention « pétainiste » mais bien d’une inquiétude beaucoup plus fondamentale.

Après avoir proposé de revenir sur le programme économique et social du CNR, le Conseil National de la Résistance, de le détricoter pas à pas, d’en supprimer les conquêtes sociales, ne serait-on pas en train de réhabiliter l’idéologie du maréchal Pétain, pour aller vite, car je ne voudrais pas être trop long, : « travail famille patrie »

Il est de notre responsabilité, à tous, que nous ayons une sensibilité de droite, de gauche, du centre, écologiste, de ne pas laisser faire, de barrer la route de l’extrême droite sous quelque forme que ce soit.

Plus que jamais nous avons besoin de construire la société plus juste, plus fraternelle que les rescapés des camps nazis appelaient de leurs vœux dès le jour de leur libération dans les serments qu’ils prononcèrent notamment à Mauthausen ou à Buchenwald.

 



30/04/2012

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